Lundi 9 octobre 1 09 /10 /Oct 00:00

 

Le mariage en Kabylie 
 

La Kabylie vit, tout au long de la saison estivale, au rythme des fêtes de mariage qui sont organisées notamment pendant les jours de week-ends. Villes, bourgs et villages sont pris d’assaut par les nombreux cortèges de voitures de mariage, les klaxons, youyous, la musiques des DJ, les tambourins, et j’en passe.

 

La tradition du mariage est riche et diversifiée d’une région à une autre, mais l’essence demeure la même partout. Limitons-nous ici d’un exposé succinct des rituels qui entourent le mariage tels que pratiqués dans certaines régions de la Soummam (Béjaia) qui seraient sans doute similaires dans bien d’autres contrées.  

 

 

 La demande en mariage

 

Les parents du futur marié se présentent chez la famille de la jeune fille pour demander sa main. Même si, de nos jours, c’est à la jeune fille que revient la parole, la réponse n’est souvent pas donnée sur le champs. On doit d’abord - par respect – demander l’avis des proches de la famille sur le prétendant et surtout sur sa famille.  
Quelques jours plus tard, le père de la jeune fille délègue son frère ou une personne de son entourage pour faire part à la famille du jeune homme de la réponse. L’accord donné, le jeune homme doit remettre à sa future campagne un présent, généralement une bague en or. Jusqu’au jour du mariage, la famille du futur mari se doit d’apporter des présents à leur bru à chaque fois qu’il lui rendent visite et à l’occasion de certaines fêtes religieuses.  
Quelques jours après, les deux familles et leurs proches se rencontrent pour entériner la décision du mariage du jeune homme à la jeune femme. La famille du mari et ses convives se retrouvent dans la joie autour d’un plat traditionnel, appelé « Tahbult », fait à base d’œufs, de farine et du levain, cuits dans de l’huile d’olive et qu’on mange imbibé du miel d’abeille. Outre son délicieux goût, ce plat symbolise l’abondance et la fertilité ; il est le plat traditionnel de la fête par excellence en Kabylie. Ce jour-là, les deux familles conviennent à arrêter la date des fiançailles.  
 

 

Les fiançailles

 

 Chez la famille de la mariée, il y aura de l’animation généralement depuis la matinée. Ces derniers temps, dans la plupart des villages et villes de Kabylie, les disc-jockeys se sont substitués aux troupes folkloriques des tambourins. Au début de l’après-midi, les invités commencent à affluer vers la maison de la fête. On danse aux chants des non stop spéciales fêtes. Quelques instants plus tard, la musique s’arrête pour laisser place aux chants traditionnels des femmes (Asbugher) où l’on chante les louanges du marié et de la mariée. A ce moment-là, le jeune homme retrouve sa future épouse sur une scène joliment décorée, pour lui passer la bague de fiançailles. Ensuite, ils découpent deux petits morceaux de la pièce montée qu’ils dégustent ensemble avec des jus servis dans des belles coupes.  
Au même moment, les appareils photos et caméscopes immortalise l’heureux événement. Certains mariés portent ce jour-là un costume sur lequel ils mettent un burnous et d’autres se contentent uniquement du costume. Quant à la mariée, c’est souvent la robe blanche, mais il demeure encore des mariées qui mettent le traditionnel burnous. Une fois que la séance photo avec les fiancés terminée, l’animation reprend de plus belle. S’ensuivra alors « Tizri » où l’on verse à la jeune mariée une somme d’argent symbolique en guise de cadeau. En général, les proches parents de la mariée mettent le paquet et, on dit que dans certains village, la mariée peut récolter jusqu’à plus de 300 000 DA ! Précisons que ce jour-là ce que la famille de la mariée dépensera sera payé par la famille du mari.  
Une femme de la famille du mari exposera devant les invités les effets qui constituent le trousseau de la mariée sous les youyous des femmes.  
Les pères de la jeune fille et du jeune homme se retrouvent avec des témoins et d’un imam. Après récitation de la « fatiha », le père du garçon déposera par terre une somme d’argent. Le père de la mariée (ou le tuteur éventuellement)- si c’est un homme de principe- ne ramassera qu’une petite somme pour porter chance à sa fille. Le reste de la somme d’argent retournera à la famille du mari. La cérémonie se termine vers la fin de l’après-midi. 
   

 

Le mariage en été, une tradition maintes fois millénaire

 

La saison estivale est la période la plus propice à la célébration des mariages pour des raison de faisabilité que tout le monde connaît. Outre le climat qui ne pose point beaucoup de problème, l’été est la période des congés annuels et des vacances pour les enfants.  
Depuis des temps reculés, les cérémonies de mariages en Kabylie ont lieu vers la fin de l’été, avant le début de la période des labours jusqu’à la fin de la saison des figues. Cette tradition transmise par nos ancêtres se rapporte à la terre et le respect que l’Homme doit lui gratifier. Jadis, nos aïeux croyaient que la majeure partie de l’année doit être consacrée à la terre et à sa fécondation, une période durant laquelle, selon eux, l’homme doit s’abstenir de se marier et de se reproduire.  
 

 

Femmes, roulez le couscous, la fête arrive !

 

 Quelques jours avant la célébration du mariage, l’ambiance festive est perceptible chez les deux familles. Chacune réunit de son côté les femmes de son village pour rouler le couscous. Dans certains villages, on invite uniquement les femmes de la famille et dans d’autres on exige la participation d’une femme par maison. C’est une sorte de Touiza, une tradition de solidarité chez les Kabyles. Ces femmes s’assoient côte à côte et roulent le couscous tout en chantant des poèmes du terroir évoquant la mariée, le marié et leur proches parents. C’est avec ce couscous que les deux familles prépareront le festin qui sera servi aux invités et aux gens du village.  
 

 

La veille du mariage

 

 Une journée avant la fête du mariage, les proches parents du mari se rendent chez la famille de la jeune fille pour lui remettre le trousseau de la mariée, un agneau et tout le nécessaire pour préparer le déjeuner. Les mêmes personnes feront partie du cortège (Iqeffafen) le lendemain. Le même jour, dans la maison du mari, on égorge un ou des bœufs et des agneaux qui seront servi aux déjeuner et dîner le jour de la fête. A la tombée de la nuit, généralement on prévoit chez le futur mari une animation avec des tambourins ou bien des chanteurs. A un certain moment, les artistes marquent une pause pour appliquer le henni au futur mari sous fond de chants anciens des femmes et de youyous. Une ou deux de ces femmes chantent des poèmes célébrant l’occasion, les autre répéteront après elle.  
Le jeune homme sort, la moitié de son visage dissimulée avec le capuchon de son burnous. Il est souvent accompagné de ses amis. Il s’assoit sur une chaise, sa mère ou une femme de la famille vient lui appliquer le henni sur le creux de sa main. Le jeune homme devra ensuite casser une assiette en la piétinant. Et l’animation reprendra de nouveau jusqu’à la fin de la soirée. Chez la mariée, ce sont les femmes uniquement qui seront à la cérémonie et chanteront toute la durée de ce rituel des poèmes anciens.  
Jadis, on ne chantait pas dans la maison de la mariée et ce, pour cause de la tristesse que ressentent les membres de sa famille de voir leur fille et sœur quitter la demeure parentale.  
 

 

Le jour du mariage

 

 Tôt le matin, la mariée est accompagnée à la coiffeuse par ses amies. Au début de la journée, la voiture qui ramènera la mariée sera emmenée chez un décorateur de voitures de mariés. On choisit une belle voiture. Autrefois, on ramenait la mariée sur un mulet ou un cheval. Actuellement, cette tradition resurgit sous une autre forme dans certaines fêtes où l’on constate dans les cortège, la voiture à bord de laquelle se trouve la mariée accompagnée de deux chevaux.  
Le matin, les femmes s’occupent de la préparation du repas. Après le déjeuner, le cortège de voitures démarre en direction de la maison de la mariée. Si la mariée habite loin de la maison du marié, on attend avec impatience le retour du cortège. Cette attente impatiente se constate surtout chez les gamins.  
A l’arrivée du cortège à la maison de la mariée, les tambourins joueront quelques airs. La mariée porte soit une robe blanche, soit un burnous avec tous les bijoux qui vont avec, comme les bracelets dans les mains, anneaux de pieds, broches sur la poitrine, etc. (dans les villages où cette tradition existe toujours). Une fois qu’elle est prête, on la sort de sa maison paternelle avec des chants de tambourins des youyous.  
En arrivant au seuil de la demeure du mari, la mère (ou une parente) du jeune homme donne à sa bru un verre d’eau. Elle boit dans ses mains une quantité et jette derrière elle le reste. Ensuite, on lui ramène un plat empli de friandises, de cacao, dattes, etc. (lfal) qu’elle jette toujours derrière elle et que les gamins s’empressent de ramasser. La mariée met enfin les pieds dans la maison de son mari. Elle expose pour la photo pendant quelques instants avant de rejoindre sa chambre. La soirée est animée par des tambourins (ou de chanteurs).  
Soulignons que certaines familles, notamment dans les villes, choisissent de célébrer leur fêtes de mariages dans des salles de fêtes. Certes, on y retrouve plus de facilités, mais la fête perd de son aspect traditionnel. 
 

 

La nuit de noces

 

En règle générale, les noces se déroulent dans la soirée qui précède le mariage. Néanmoins, d’aucuns préfèrent les célébrer dans la soirée même du mariage et ce, à l’insu des curieux qui attendent ce moment pour épier le jeune marié ( ! ). D’autres reportent la nuit de noces pour une date ultérieure afin de la passer en voyage de noces. Avant de sortir de sa chambre, le mari doit jeter un morceau d’étoffe taché de sang comme preuve de virginité de la mariée, que sa mère ramassera et montrera aux femmes présentes. Des youyous fuseront alors de la maison du mari... L’animation continuera le lendemain du mariage. 
 

 

On se marie encore trop cher

 

 La célébration du mariage coûte au minimum 300 000 DA pour le marié. Certains dépensent le double de cette somme, voire le triple, pour la galerie. Ce qui met dans l’embarras les autres familles qui s’empêtrent de faire montre « d’impuissance » par rapport aux autres. En revanche, dans quelques régions, les dépenses du mariage sont limitées par les notables et toute dérogation à la règle est sanctionnée par une amende.  
 

 

Un mariage haut en couleur

 

Le mariage kabyle a évolué comparativement à ce qu’il a été dans le passé. Il tend à devenir de moins en moins superstitieux et intègre de nouveaux éléments de la modernité. Ce changement permet plus de libertés, de couleurs et d’ambiance festive.  
Signalons enfin que ce qui est transcrit ici n’a pas la prétention d’être un exposé exhaustif de la tradition du mariage kabyle.  


Par Karim KHERBOUCHE

  

Par Karim Kherbouche - Publié dans : Traditions
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