Mardi 1 août 2 01 /08 /Août 00:00

 

Illustre inconnue de la jeunesse actuelle, H’nifa était une chanteuse à part entière et entièrement à part. Son répertoire est le refIet de sa vie de misère, l’histoire de ses mille et une misères. "Je ne suis pas en train de chanter, je ne fais que relater mon vécu", disait-elle dans l’une de ses chansons. 

 

Une vérité qui peut aisément se vérifier en passant en revue son œuvre complète. En effet, elle n’a fait que traduire en chansons, de manière conforme et intégrale, son quotidien plein d’amertume. Son passage ici-bas a été semé d’angoisses et de malheurs, ce qui l’a poussée à n’offrir que des complaintes en témoignage de tous les déboires endurés. Ainsi, elle a mis tout son cœur pour peindre, sous toutes ses facettes, son destin de femme kabyle qu’aucune peine n’a épargnée. Elle a tenu à rapporter fidèlement sa malheureuse expérience de la vie, une manière d’exorciser le mal. Pour en supporter tout le poids ou, autrement dit, éviter l’implosion, il lui a bien fallu s’extérioriser. Comme elle est née pour chanter, la voie semblait toute indiquée afin de refouler ses sentiments profonds.

Les thèmes qu’elle a eu à traiter sont, entre autres, le mal-vivre, la trahison, les déceptions amoureuses, I’exil, la solitude et les problèmes de la femme. Malgré le sort injuste qu’elle a dû subir de son vivant, elle s’est montrée clémente envers ses semblables. Le pardon s’est cIairement exprimé dans son langage où il n’y a pas trace de haine. H’nifa n’en voulait qu’à elle-même et elle le disait sans équivoque dans la chanson D’rray-iw.

H’nifa est l’illustration parfaite de la destinée malheureuse réservée à nos artistes, lesquels n’ont rien à envier à nos intellectuels. Ce sont les plus mal-lotis de notre société. Sur l’échelle des valeurs adoptées en haut lieu, le travail artistique ou intellectuel est le moins coté. C’est à ne rien comprendre ! Nous sommes dans un monde à l’envers et gare à ceux qui se tiennent à l’endroit.

H’nifa sera toujours là pour rappeler à la postérité la méchanceté qui a caractérisé son époque. Pas un responsable, de quelque niveau que ce soit, n’a osé lever le petit doigt pour secourir cette femme-artiste en détresse. Pour certains, c’était par impuissance. Pour d’autres, par contre, ce n’était que par pure paresse ou simple calcul sordide bassement politique. H’nifa est née le 4 avril 1924 à Ighil-M’henni dans la commune d’Ath Jennad (Azzefoun). Son vrai nom est Ighil Larbâa Zoubida : sa famille s’est établie pendant quelques années à La Casbah d’Alger. Le retour au bercail, en 1939, a donné lieu à son mariage avec un ami de son père, commerçant de son état. Cette union fut de courte durée. En rentrant chez elle, elle a retrouvé une famille complètement déchirée. Commença, alors, la grande aventure au cours de laquelle elle n’a pas cessé de recevoir de rudes coups de toutes parts. Elle se rendit à Alger où elle se remaria mais pas pour longtemps. Cette fois-ci, comble du sort, elle s’est encombrée par la venue au monde d’une petite fille qu’elle devait trimbaler lors de ses déplacements. Etant dotée d’une voix d’or par la nature, ses amies ne se lassaient jamais de l’écouter. Ce sont elles qui l’avaient encouragée à se lancer dans la chanson. En 1951, elle se présenta à la radio où Nordine Meziane, dit Cheikh Nordine, l’aida de façon considérable. Elle signa le début d’une longue carrière artistique par l’enregistrement d’une chanson intitulée Acewwiq n Iqaâ n tezdayt, une pièce musicale de genre doux qui demeure introuvable dans la discothèque de la chaîne II. Parallèlement, pour subvenir à ses besoins, elle travailla comme femme de ménage avant d’aller vivre à Salambier (Alger) aux côtés de Chérifa, I’autre diva de la chanson kabyle. Avec celle-ci, elle participa à l’émission radiophonique exclusivement féminine Urar n Ixalat.

Après un troisième mariage non réussi également, elle prit le chemin de l’exil où elle a eu à rencontrer Zeggane Larbi, dit Kamel Hamadi. Ce dernier, auteur-compositeur et interprète, lui a composé bien des merveilles. En duo, ils ont chanté Yid-m... yid-m, chanson ayant obtenu un succès retentissant. En ces lointaines contrées, elle animait des fêtes un peu partout dans les cafés où se regroupait la communauté maghrébine. En 1962, juste après l’indépendance, elle retourna au pays. Son espoir était de se faire une petite place parmi les siens dans une Algérie libre. Malheureusement, les choses ne se passaient pas comme elles devaient l’être, telles que notre grande dame le croyait naïvement. De déception en déception, elle finit par s’envoler de nouveau en direction de la France, et ce, vers l’année 1973. En compagnie de Cheikh Nordine, elle tenta l’aventure cinématographique en jouant dans le film Les chevaux du soleil. Ce ne fut qu’un point d’honneur ajouté à son actif, sans plus.

Sa dernière chanson se trouve être Ay amitro. Dans cette chanson, elle raconte sa vie errante dans la capitale française et son ultime prestation publique a eu lieu, le 2 novembre 1978, à la Mutualité de Paris. Elle est morte dans l’anonymat le plus total un certain mercredi 23 septembre 1981. Elle n’a été découverte, dans l’un des piteux hôtels d’outre-mer que plusieurs jours après avoir succombé à la grave maladie qui la rongeait en silence. Une grande dame s’en est allée sans qu’elle ait eu droit à un entrefilet dans les rubriques nécrologiques des journaux. Pour rappel, son corps est resté plus d’un mois à la morgue de Paris. Il a fallu du temps pour que sa dépouille soit rapatriée afin d’être enterrée au cimetière d’EI-Alia.

L’histoire tumultueuse de H’nifa est à méditer. S’il est trop tard pour remédier au cas H’nifa, il est, en revanche, encore temps de se pencher sérieusement sur certains de nos artistes qui ont pris de l’âge et qui souffrent d’abandon et d’incompréhension.

Par Karim Aïnouche

Anne  Je voudrai rendre hommage a cette femme morte seule a Paris, dans l’indifférence totale; Je pense à tous ceux qui pour se reconstruire se retrouve seul(e), artiste ou pas, dans des grandes villes, avec pour seul bagage leur bonne volonté et leur énergie bien entamée par les douleurs de leur vie.

Par Karim Kherbouche - Publié dans : Chanteuses kabyles
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Samedi 1 juillet 6 01 /07 /Juil 00:01

 

Iness Mezel (© Marc WAYMEL) - 91.6 ko 

De père kabyle et de mère franco-italienne, Iness Mezel a su, grâce à sa voix chaude et joyeuse, colorer sa berbérité avec diverses influences africaines, jazzy et latino-américaines.  
"Malgré un parti pris métissé qui fait craindre l’opportunisme, les plus gros pièges du World beat, les greffes un peu grossières de boîtes à rythmes sur des canevas "ethniques" sont évités. Ici (dans l’œuvre d’iness Mezel, NDLR), tout semble couler de source. Sans trop se rendre compte du dépaysement on se fait promener du Brésil au Moyen-Orient, de l’Algérie aux Antilles, en découvrant par la même occasion un autre visage de ce Maghreb qu’on aurait tort de réduire au raï", écrit le quotidien canadien l’Express.  
Après des études musicales classiques aux côtés de Nicole Maison, pour le chant lyriques baroque -Sara Lazarus, pour l’improvisation jazz - Elik Tara, pour le chant africain et Tamia, pour le chant contemporain, Iness oriente son travail de composition vers l’ouverture de l’espace harmonique (la gamme pentatonique étant souvent utilisée en musique traditionnelle berbère), opte pour une conception poly rythmique des arrangements et engage la musique berbère vers des horizons inédits.  
En écoutant les mélodies d’Iness, on s’arrête sur place et on croit découvrir une star. Puis, en s’informant, on s’aperçoit qu’elle l’est déjà. Ces mélodies envoûtantes sont enjolivées de textes émouvants où elle exprime, dans un Kabyle qu’elle mène sur des chemins buissonniers où souffle le Jazz, l’attachement à la liberté, la résistance et le combat, la jeune fille, la mère, la condition des femmes, l’identité, l’Afrique et ses enfants et défend bien d’autres causes justes.  
Le phénomène Iness ne laisse personne indifférent. Les médias en parlent, ses tubes font rencontrent un succès époustouflant. D’ailleurs, elle s’est vue décerner le titre de Coup de cœur de l’émission estivale "De Limoilou à Tombouctou" de la chaîne CBV-Québec. Le 05 septembre 1998 fut un jour de triomphe dans la carrière artistique d’Iness : elle reçoit le Trophée "Kora All Africa Music Awards" qui la consacre Meilleure Chanteuse d’Afrique et Meilleure Artiste d’Afrique du Nord, l’événement fut retransmis à la télévision en direct de Johannesburg et regardé par plus de 350 millions de spectateurs !  
Le 04 Juin prochain, elle donnera un concert au Satellite Café sis à la rue de la folie Méricourt, à Paris pour clôturer en apothéose le festival Femmes du Monde qui se tient chaque année pour célébrer la Femme du monde et qui a débuté le 04 du moi courant. Ce choix des organisateurs de ce festival n’est guère fortuit au regard de ce que représente l’idéal Iness tant sur le plan artistique qu’idéologique.  
                                    Par Karim Kherbouche

Par Karim Kherbouche - Publié dans : Chanteuses kabyles
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Mercredi 28 juin 3 28 /06 /Juin 00:01

Entretien avec Massa Bouchafa, la porte-parole de la joie 


Forte de ses brillants succès qu’elle a cumulés depuis 1989, l’année de la sortie de son premier album, Massa Bouchafa a la tête pleine de projets. Elle anime gala sur gala et durant toute l’année au point de n’avoir que peu de temps pour autre chose. Elle vient de sortir un nouveau produit qu’est un DVD best of. Nous l’avons rencontrée pour vous et elle a bien voulu répondre à nos questions.    

 Comment va Massa Bouchafa? - Je vais bien pour ce début de l'année 2006, j'espère que ça ira  de mieux en mieux.

Pourquoi donc ce DVD best of en ces moments-ci? -Tout simplement pour faire plaisir à mes fans, je voulais leur offrir mes chansons marquantes sous forme de best of. Tout au long de ma carrière d'artiste, j'ai pu sortir sur le marché de nombreux albums, je me suis dit alors pourquoi pas réunir quelques titres phares sur une compilation.
De plus, j'ai débuté la chanson en 1989, cela fait maintenant 15 ans, ça se fête, non !? (rires)

J'ai aussi envie de faire connaître mes chansons à la nouvelle génération qui entend parler de Massa Bouchafa mais ne connaît pas forcément tout mon répertoire et mes anciens titres, comme par exemple "Dda Lmulud".

Le DVD contient 9 titres qui ont été tournés en Algérie, j'ai voulu en faire des courts métrages, raconter mes chansons sous formes de clips musicaux avec des comédiens
des rebondissements comme par exemple dans mon titre "Yir argaz".

La réalisation de ce produit s’est déroulée dans de très bonnes conditions, car j'ai travaillé avec une équipe formidable que ce soit avec les ballets de danses, les comédiens et les techniciens. Ma foi ! C’était une bonne ambiance professionnelle et conviviale. C’est quand même très important de travailler dans de bonnes conditions pour mener à bien un bon projet musical. D'ailleurs, au passage, je profite pour les remercier un par un pour leur participation.

Massa est connue pour travailler en étroite collaboration avec son mari M'hend. Peut-on dire qu'il est pour quelque chose dans ton succès? - ( Rires) Effectivement, je pense que nous formons un duo complémentaire, car moi je chante et lui m'écrit des chansons. Il y a des moments où je puise mes idées des histoires de la vie quotidienne  de mes fans ou de mon entourage et j'en parle à mon mari, l’inspiration ne nous quitte jamais. C'est pour moi agréable de travailler avec quelqu'un qui me comprend et me motive pour aller de l'avant.

Ma famille est ma première force pour me booster, car elle est toujours là pour m'encourager.

A propos,  parlez-nous de vos enfants ?  - Je suis maman de deux merveilleux enfants, un garçon et une fille qui s’appellent respectivement Amazigh et  Tilelli.

Vu que tu as souvent un programme chargé, parviens-tu facilement à joindre la famille à la chanson?  - Il y a des moments où je ne les vois pas, mon métier me prend tout mon temps, mais je m'arrange toujours afin d’être à leur côté pour leur éducation, les aider à avancer dans leurs études. Je suis d’abord maman ; la chanteuse vient après. Quand je ne travaille pas, mon temps leur est totalement réservé. Et lorsque j’ai des concerts, il m’arrive de les emmener avec moi en tournée afin qu'ils puissent me voir et leur faire partager des moments de joie et, pourquoi pas, développer leur ouie musicale.

Quels sont tes projets?  - Alors, mes projets : sortir un nouvel album, tourner de nouveaux clips, animer des concerts et galas et toujours satisfaire au mieux mon public.

 Si l'on te demande quelle est la chose que tu regrettes de n’avoir pas fait dans ta vie, ça serait laquelle? -(Après un long silence) J'ai beau réfléchir, je ne vois pas, car grâce à Dieu je suis comblée, j'exerce le métier que j'aime, j'ai une merveilleuse petite famille, donc non je ne regrette rien.

Combien de fêtes as- tu animées pendant cet été ? - Ma foi ! Beaucoup, je ne peux pas les compter, la période estivale pour moi est toujours riche en mariages, festivals, concerts... Je n'ai pas le temps de m'ennuyer franchement ( rires)

Y a-t-il pour toi une différence entre les fêtes en Algérie et celles que tu animes en France ? As tu une préférence?  - La différence qu'il peut y avoir c'est le paysage, ce n'est pas le même environnement. En Algérie, je suis au coeur même de notre culture, mais je n'ai pas vraiment de préférence car je suis aussi proche du public en Algérie qu’au sein de notre communauté en France et tous les deux me le rendent bien.  J'ai autant de plaisir à leur faire partager mes émotions et mes chansons des deux cotés de la mer.

Massa, dans la vie de tous les jours, est-elle comme on la connaît sur scène, c'est à dire toujours d'humeur joyeuse? - Oui tout a fait, je suis de nature souriante et dynamique ! Sur scène, je me donne à fond car j'aime mon métier et ça se ressent ; dans la vie de tous les jours, j'aime la vie avec ses hauts et ses bas et ça se ressent également. Pourquoi changer ? Rester naturel, c'est mieux !

Un mot pour conclure?  -Je voudrais présenter mes meilleurs vœux au peuple algérien en général et aux lecteurs des Nouvelles Confidences en particulier, sans oublier mon fidèle public qui me soutient quotidiennement. Que cette année puisse nous apporter du bonheur et que de bonnes nouvelles !  
Entretien réalisé par Karim KHERBOUCHE 
 

Par Karim Kherbouche - Publié dans : Chanteuses kabyles
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Lundi 26 juin 1 26 /06 /Juin 00:01

 

Entretien avec Lynda Koudache, poétesse
“Je suis être humain avant d’être femme”

  

  

          C’est à Ighil Ali que nous l’avons rencontrée lors de la vente-dédicace de ses deux recueils de poésie L’Aube vierge et Lligh weqbel ad iligh, Lynda Koudache, la poétesse à la sensibilité débordante et au verbe suave, a bien accepté de répondre à nos questions avec toute la gentillesse que nous lui connaissons.

La Dépêche de Kabylie : Présentez-vous à nos lecteurs…
D’abord, je suis contente d’être ici au village de Taos et de Fadhma Nait-Mansour Amrouche, deux grandes dames pour lesquelles j’éprouve une admiration sans bornes. Sur ce, je viens de réaliser un rêve qui me tenait à cœur depuis des années!
Pour revenir à votre question, Lynda Koudache est une poétesse du village Ait-Boumehdi, de la Haute Kabylie. Dans la vie, je suis photographe de formation. En septembre 2001, j’ai contribué à un recueil de poésie collectif intitulé Comme une forêt de maudits édité au Petit-Pavé en France. En 2003, j’ai édité en Algérie L’Aube vierge qui est un recueil de poésie en français et en 2005, j’ai publié un autre recueil de poésie en berbère intitulé Lligh Weqbel ad iligh.
Par ailleurs, j’ai participé récemment au festival du film amazigh à Ghardaia. J’ai eu alors l’honneur de déclamer avec Amine Zaoui, Rabiaa Djelti, et bien d’autres talentueux poètes. J’ai également pris part au premier festival de poésie féminine organisé à Skikda, et à nombre d’activités culturelles. L’an dernier, j’ai été choisie comme membre de jury lors des poésiades de Si Mohand Ou M’hend à Tizi Ouzou.

Parlez-nous des thèmes que vous abordez dans votre poésie…
Il y a en premier lieu la paix qui est la condition sine qua non de tout espoir de vie. Evoquer la paix, c’est aussi parler de la femme, de l’enfant, de la liberté, des droits des humains, et j’en passe.

La condition des femmes est assez récurrente dans votre œuvre ; vous réclamez-vous porte-parole de la femme kabyle ?
J’ignore si, à travers la poétesse que je suis, j’incarne mes concitoyennes. Je ne suis pas sans savoir que ce n’est nullement une tâche facile et j’avoue que cela n’a jamais été mon dessein. Il me semble qu’à chaque femme kabyle une façon à elle de s’exprimer. Si certaines, comme moi, trouvent dans la poésie un moyen idéal pour dire leurs sentiments profonds, d’autres en revanche préfèrent s’exprimer à travers le tapis, la poterie, etc, et je trouve cela aussi génial !

Pourquoi le choix d’écrire dans deux langues ?
A vrai dire, ce n’est guère un choix. C’est quelque chose qui vient spontanément. C’est vrai, j’ai commencé à écrire en français. Ensuite, je me suis initiée également à l’écriture en tamazight. Ce n’est pas une conversion, ni un quelconque sentiment de dualité culturelle. Loin s’en faut. Les deux langues cohabitent en moi en toute harmonie. Je me laisse totalement guidée par mon inspiration. De plus, la langue berbère a toujours été une langue d’ouverture qui respecte les autres langues. Au fait, la poésie n’a pas de langue. Ceci dit, je trouve que c’est extrêmement important d’écrire dans notre langue, le tamazight.

Où et quand prenez-vous votre inspiration ?
En fait, c’est l’inspiration qui me prend ! C’est quelque chose d’ésotérique et d’amphigourique. Habituellement, j’écris pendant la nuit. L’idéal est que moi et l’inspiration soyons toutes les deux présentes. Car il y a des moments où je veux écrire, mais la muse est absente et des moments où la muse est présente et moi absente. Quant au lieu, j’aime écrire souvent à la maison. Ceci dit, à titre d’exemple, ce beau paysage (d’Ighil Ali) m’inspire !

Qu’insinuez-vous par Lligh weqbel ad iligh, le titre de votre recueil de poésie kabyle?
Je voudrais simplement dire que nous sommes des êtres humains avant d’êtres des femmes et ce, avec notre sensibilité, notre raison et notre susceptibilité de corriger nos défauts. Femmes et hommes, nous sommes d’abord des humains et, de fait, égaux.

Un dernier mot pour conclure…
Je pense que le meilleur hommage qu’on puisse rendre à Taos, Jean et Fadhma Nait Mansour Amrouche est de les lire ainsi que de saisir leur message et le sens de leur combat. Marcher dans leur sillage, c’est le rêve de tout artiste.
Karim Kherbouche
La Dépêche de Kabylie 12 avril 2006

Par Karim Kherbouche - Publié dans : Chanteuses kabyles
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Lundi 26 juin 1 26 /06 /Juin 00:01

Séghira Bouhaddi, chorégraphe

 « La danse berbère est riche et très diversifiée »

  
 

La chorégraphe Séghira Bouhaddi

Native de la même ville que la cantatrice et écrivain Taos Amrouche, la chorégraphe et chanteuse, Seghira Bouhaddi qui est restée très attachée à ses racines en dépit du destin qui l’a éloignée de son pays dès sa tendre enfance sert de véritable vecteur de la culture berbère pour sa communauté au Canada. En outre, très jeune déjà, elle songe à faire connaître cette culture au Québec et à travers la planète. C’est au Centre Afrique en mouvements de Montréal qu’elle entraîne des danseuses venues de plusieurs pays sur des rythmes de danse kabyle agrémentés de pas chaouis, terguis et des autres danses amazighs. Nous avons voulu en savoir plus.  
 
Qui est Seghira Bouhaddi ?  
 
SÉGHIRA BOUHADDI : « J’ai vu le jour le 29 octobre 1984 à Ighil Ali, dans la wilaya de Béjaia. Installée à Montréal (Canada) depuis 1994, je suis aujourd’hui étudiante en éducation spécialisée, monitrice en natation et en aquaforme, chorégraphe dans la troupe de danse Azetta, fondatrice et professeur de danse berbère (aéroberbère) dans un centre sportif et de danse traditionnelle berbère dans le centre « Afrique en mouvement » et aussi chanteuse avec le Groupe Anzar. »  
 
L’aéroberbère, qu’est-ce que c’est ? 
 
« L'aéroberbère est la danse traditionnelle berbère. Elle est axée beaucoup plus sur le cardio et l'effort physique sans aucune organisation chorégraphique. L'objectif est de danser pendant une heure sans répit. Comme vous le savez, toutes les danses du monde sont avant tout un effort dans l’activité physique.  
La danse traditionnelle berbère repose essentiellement sur tout le corps et plus particulièrement les genoux, les hanches, le postérieur, le tronc et les bras. »  
 
Doit-on parler de danse berbère ou bien des danses berbères ?  
 
« La danse berbère est aussi riche que la langue berbère. Moi, personnellement, je fais un peu de tou : du kabyle, chaoui, tergui, gnaoua mélangés à la danse moderne qui fait naturellement émerger la beauté de notre culture. La danse berbère est riche et très diversifiée.  
Pour en conclure, il faudrait plutôt parler des danses berbères, il y a tellement de différences dans les mouvements, dans l'air de la musique, la tenue vestimentaire, les coiffures, que le répertoire de notre troupe est varié. Cela nous impose certes beaucoup de travail aussi bien dans la technique que dans les tenues mais nous faisons de notre mieux pour que notre culture soit vue, reconnue et approchée. Le fait de compter parmi nos danseuses des personnes de différentes nationalités, que ce soit de l'Amérique du nord, de l'Amérique du sud , de l'Europe, ce qui nous encourage à travailler dur même si cela doit se faire au détriment de notre temps et de notre vie. »  
  

 

 

 

 

 

 On vous voit parfois vêtue à la manière de Taos Amrouche, pourquoi ?  
 
« A vrai dire, je n'ai jamais vu comment Taos Amrouche s'habille) mais j'imagine qu'elle doit être merveilleusement belle avec les couleurs de ses ancêtres. J'essaie le plus souvent possible de caractériser nos spécificités culturelles, traditionnelles et linguistiques à travers mes tenues lors des spectacles, de toucher à tout ce qui a trait à notre magnifique et vivante culture. »  
 
Quels sont vos projets ?  
 
« Je n'ai pas spécialement de projets mais l'objectif de mes efforts est l'objectif de toute association activant en dehors du monde berbère c'est à dire faire connaître notre culture à d'autres communautés culturelles.» 
 
Votre mot de la fin ?  
 
« J'estime que les obstacles dressés par les pouvoirs en places en Afrique du nord contre l’épanouissement de notre culture ne sont pas aussi infranchissables que ceux que l'on se dresse entre nous les berbères. ». Un conseil d'une chorégraphe chanteuse berbère de Montréal : « Oublions nos différences, unissons-nous pour notre noble culture qui est en voie de disparition, cessons de nous diviser, cessons de nous faire manipuler, vive l'Algérie plurielle et démocratique, vive Tamazgha. Tanemmirt a Karim ! »  
 
               Propos recueillis par Karim Kherbouche

 

 

 

 

Par Karim Kherbouche - Publié dans : Chanteuses kabyles
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Lundi 26 juin 1 26 /06 /Juin 00:01

Edith Piaf ou la complainte de la femme kabyle

La plus grande dame de la chanson française, d’origine kabyle par sa mère, Edith Piaf aurait eu 90 ans le 19 décembre dernier. Quarante-trois ans après sa mort, survenue le 11 octobre 1963, elle demeure encore et toujours écoutée et admirée du monde entier. Plus d’une trentaine de biographies et de livres ont été écrits sur sa vie tumultueuse et passionnante, soit autant d’ouvrages que sur la star Marilyne Monroe !  
La légende veut que Edith Giovanna Gassion qui deviendra Edith Piaf soit née le 19 décembre 1915 sous un lampadaire, dans un quartier populeux de Paris. Son père, Louis-Alphonse Gassion, est acrobate de rue et sa mère, Anita Maillard, vend des nougats et est chanteuse lyrique sous le nom de Line Marsa. A l'âge de 8 ans, Edith est aveugle et par miracle, en priant une sainte, elle retrouva la vue ! Tandis que le pays est en pleine guerre mondiale, son père rejoint l'armée et sa mère retourne chanter dans les rues sans se soucier de son enfant. Edith est alors confiée à sa grand-mère Aïcha dans les premières années de sa vie. C’est ainsi que cette femme kabyle marque de son empreinte indélébile la vie de celle qui deviendra la meilleure chanteuse française de tous les temps. En effet, Edith affectionne beaucoup Aicha et avoue être marquée pendant toute sa vie par les enseignements et les conseils de celle-ci. C’est en Italie que Aicha dont l’époux est français donne naissance à la mère d’Edith, en 1895. Comment Aicha Maillard en est arrivée là pendant que son pays est sous le joug du colonialisme ? Un sujet qui mérite bien réflexion. 

Aicha vit dans des conditions plus que précaires. À l’occasion, Louis Gassion, alerte sa propre mère, Louise Léontine, qui est tenancière de bordel ! On dit que c’est dans cet endroit où il y avait bien entendu un piano que la môme Piaf découvre sa passion pour la musique. Néanmoins, on dit que Piaf ne s’est prostituée qu’une seule fois afin de trouver de quoi payer l’enterrement de son unique fille Marcelle, dite Cécelle, morte d’une méningite en 1935. La môme est livrée toute frêle à la vie de bohème, fréquentant bars louches et chantant dans les rues pour manger à sa faim. Ceci durera jusqu’au jour où elle sera découverte par un certain Louis Leplée, homosexuel, ancien artiste et patron d’un restaurant cabaret. Il l’invite pour se produire dans son établissement. Les prestations de Edith rencontrent un vif succès. C’est d’ailleurs Leplée lui-même qui lui choisit le pseudonyme « Môme Piaf». Pendant que son étoile commence à briller, Piaf voit son rêve voler en éclats, quand, en 1936, elle est accusée d’assassiner Leplée ; elle est alors livrée à la vindicte populaire et au harcèlement de la police. Elle en a souffert le martyrs avant de rencontrer le songwriter Raymond Asso qui donne un nouveau souffle à sa carrière artistique. . 
Soulignons enfin, que Edith Piaf a des liens forts avec des artistes algériens, notamment le grand musicologue Iguerbouchen à qui elle rend fréquemment visite chez lui à la rue Saint-Didier, à Paris.  
Encore de nos jours, Edith Piaf, sondages à l’appui, continue d’être la chanteuse française la plus écoutée. Ses chansons : « La Vie en rose », « Hymne à l'amour », « Sous le ciel de Paris », « Non, je ne regrette rien », « Les Amants d'un jour » , « Milord », et j’en passe, continuent de rencontrer un vif succès.  
                        Par Karim Kherbouche 
 

Par Karim Kherbouche - Publié dans : Chanteuses kabyles
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Lundi 26 juin 1 26 /06 /Juin 00:01

Yasmina, la voix du cœur  

Lorsque l’on écoute pour la première fois Yasmina, l’on se demande quel est ce “petit quelque chose” qui nous attire chez elle. Sa belle voix remplie de tendresse nous réchauffe les cœurs et nous délivre, ne serait-ce que durant quelques instants, de notre quotidien morose, marqué par la violence, la haine et l’exclusion. Elle nous apparaît alors telle une fleur au beau milieu du désert. 
A l’instar de bien des chanteuses kabyles, la mélodie de Yasmina est toute simple à retenir, ses textes sont en revanche d’une poésie musicale. C’est ce qui rend difficile de trouver la nuance qui la différencie des autres. Pourtant, elle est bien différente. Au bout d’un certain moment, sans savoir comment, on s’identifie totalement à ce qu’elle chante et l’on découvre chez elle un sentiment intense, doux et amer à la fois qui lorsqu’il n’est pas reconnu, devient rebelle et récalcitrant. Comme tous les amoureux (euses), Yasmina la tendre, devient subitement en nous emmenant avec elle dans ses excursions sentimentales, une Yasmina révoltée, qui use de mots à la limite de la virulence pour dénoncer les siens et “se renier” carrément ! Elle n’hésite pas à leur lancer : “Ghas frurigh-d seg-wen, ttut-iyi d ayen !” (bien que je sois de la même souche que vous, oubliez-moi définitivement et effacez-moi de votre paysage). C’est un peu, une manière de réclamer cette “solitude à deux”, condition sine qua non, de l’épanouissement de ce sentiment noble qu’est l’amour. Tel un oiseau qui se cache pour mourir, l’amoureux “non reconnu” est alors en proie à la misanthropie, la mélancolie et à un sentiment assimilable à la mort, la mort de la raison, la mort de l’égoïsme, de la solitude et souvent la mort même de l’esprit humain.  
Du coup, ce type de chanson devient un baume au cœur, un refuge et un antidote de la souffrance intérieure, lot quotidien des êtres sensibles.  
De surcroît, Yasmina s’insurge contre une injustice, dont elle est victime par excellence en tant que femme, si bien que nombre d’observateurs de la scène artistique, la confinent dans le rôle de porte-parole de la gent féminine rôle qu’elle dépasse pourtant largement. 
En effet, que l’on soit homme ou femme, écouter Yasmina, c’est se sentir reconnu dans sa souffrance, d’autant plus, que si l’on évolue dans une société comme la nôtre, où l’amour est sujet à prohibition. C’est également apprendre à écouter son cœur, et cela fait du bien. La chanteuse Yasmina est l’équivalent de ce qu’est l’autodérision dans le théâtre. Si l’un nous fait rire de nous et de notre quotidien, l’autre transforme notre douleur amoureuse en volupté.  
Tout compte fait, le secret de notre admiration pour cette chanteuse est dans sa sincérité. Elle est elle-même à l’image de son art et la chanson semble lui coller à la peau. Elle est tout bonnement la voix du cœur. Ma foi ! heureux qui comme Yasmina ont compris que l’amour est un acte de don total, car ils triompheont toujours sur les préjugés de leur époque et ils restent convaincus que celui qui aime, a vaincu le monde, sans craindre de perdre quoi que ce soit. Enfin, Yasmina est également un exemple de femme-courage et d’espoir, car elle est de celles qui ont compris, qu’elles doivent prendre leur sort en main. Pour perpétuer son rêve d’artiste, elle a dû à un moment donné de son existence, quitter la chanson parce que, dit-elle, celle-ci “ne fait pas vivre”. Elle s’est lancée alors dans le commerce pour survivre et s’offrir les moyens matériels, afin de se faire une place dans le monde de la chanson constamment convoité par des mercantis de tous poils. Avec ses huit albums, un beau bouquet à offrir en guise de cadeau à l’être qu’on aime d’amour, Yasmina est plus que jamais une figure incontournable de la chanson sentimentale. 
 
               Par  Karim Kherbouche 

Par Karim Kherbouche - Publié dans : Chanteuses kabyles
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Lundi 26 juin 1 26 /06 /Juin 00:01

Iness Mezel 
Le parfait mariage entre tradition berbère et Jazz
 

Iness Mezel (© Marc WAYMEL) - 91.6 ko 

De père kabyle et de mère franco-italienne, Iness Mezel a su, grâce à sa voix chaude et joyeuse, colorer sa berbérité avec diverses influences africaines, jazzy et latino-américaines.  
"Malgré un parti pris métissé qui fait craindre l’opportunisme, les plus gros pièges du World beat, les greffes un peu grossières de boîtes à rythmes sur des canevas "ethniques" sont évités. Ici (dans l’œuvre d’iness Mezel, NDLR), tout semble couler de source. Sans trop se rendre compte du dépaysement on se fait promener du Brésil au Moyen-Orient, de l’Algérie aux Antilles, en découvrant par la même occasion un autre visage de ce Maghreb qu’on aurait tort de réduire au raï", écrit le quotidien canadien l’Express.  
Après des études musicales classiques aux côtés de Nicole Maison, pour le chant lyriques baroque -Sara Lazarus, pour l’improvisation jazz - Elik Tara, pour le chant africain et Tamia, pour le chant contemporain, Iness oriente son travail de composition vers l’ouverture de l’espace harmonique (la gamme pentatonique étant souvent utilisée en musique traditionnelle berbère), opte pour une conception poly rythmique des arrangements et engage la musique berbère vers des horizons inédits.  
En écoutant les mélodies d’Iness, on s’arrête sur place et on croit découvrir une star. Puis, en s’informant, on s’aperçoit qu’elle l’est déjà. Ces mélodies envoûtantes sont enjolivées de textes émouvants où elle exprime, dans un Kabyle qu’elle mène sur des chemins buissonniers où souffle le Jazz, l’attachement à la liberté, la résistance et le combat, la jeune fille, la mère, la condition des femmes, l’identité, l’Afrique et ses enfants et défend bien d’autres causes justes.  
Le phénomène Iness ne laisse personne indifférent. Les médias en parlent, ses tubes font rencontrent un succès époustouflant. D’ailleurs, elle s’est vue décerner le titre de Coup de cœur de l’émission estivale "De Limoilou à Tombouctou" de la chaîne CBV-Québec. Le 05 septembre 1998 fut un jour de triomphe dans la carrière artistique d’Iness : elle reçoit le Trophée "Kora All Africa Music Awards" qui la consacre Meilleure Chanteuse d’Afrique et Meilleure Artiste d’Afrique du Nord, l’événement fut retransmis à la télévision en direct de Johannesburg et regardé par plus de 350 millions de spectateurs !  
Le 04 Juin prochain, elle donnera un concert au Satellite Café sis à la rue de la folie Méricourt, à Paris pour clôturer en apothéose le festival Femmes du Monde qui se tient chaque année pour célébrer la Femme du monde et qui a débuté le 04 du moi courant. Ce choix des organisateurs de ce festival n’est guère fortuit au regard de ce que représente l’idéal Iness tant sur le plan artistique qu’idéologique.  
                                    Par Karim Kherbouche

Par Karim Kherbouche - Publié dans : Chanteuses kabyles
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Jeudi 22 juin 4 22 /06 /Juin 00:01

Entretien avec la chanteuse Tinhinan

 « Sur scène, je suis aux anges ! »

 

    

Dotée d’une voix à la douceur exquise, Tinhinan est une jeune chanteuse digne de respect et d’admiration. Elle est surtout connue du mouvement associatif et elle a reçu nombre de distinctions honorifiques lors des concours musicaux. Nous l’avons rencontrée et elle a bien voulu répondre à nos questions.  

Pour commencer, qui est Tinhinan ?  - Tinhinan, Tina pour les intimes, est une jeune chanteuse kabyle et lycéenne qui va sur ses dix-neuf printemps. Tout enfant que j’étais, douée d’une superbe oreille musicale, j’apprenais vite des chansons en kabyle et même dans des langues que je ne connaissais pas encore. A l’époque, ma sœur qui chantait dans une chorale de la maison de jeunes d’Akbou m’a proposé d’intégrer sa troupe. Ce que j’ai fait. Quelques années plus tard, ma famille s’est installée à Ighzer Amokrane où j’ai intégré une autre chorale de la maison de jeunes. Accompagnée de trois musiciens, je me suis produite en solo à l’occasion d’un hommage rendu à Aarav Awzellag. Franchement, je ne m’attendais pas à ce que les choses aillent si vite pour moi!

Ensuite, tu as participé à bon nombre de concours musicaux et tu as été maintes fois  décorée… - En effet, j’ai obtenu plusieurs prix. A titre d’exemple, moi et ma troupe Tina, nous avons obtenu la première place lors d’un concours à Souk El Tenin qui a vu la participation de 29 maisons de jeunes ! J’ai décroché également le premier prix de musique moderne lors d’un concours organisé par l’Etoile culturelle d’Akbou à l’occasion du festival de la Soummam dédié à Mohamed Iguerbouchene, etc.

Tu as sans doute plein de beaux souvenirs à partager avec nous, n’est-ce pas ? - Ma foi ! Ma prestation lors du festival dédié à Iguerbouchene, le mois de juillet 2005 à Bgayet, restera gravée à jamais dans ma mémoire : les ovations du public, les sollicitations des médias, et j’en passe, c’était tant magique et émouvant que je me sentais incapable de gérer tout cela. C’est mon meilleur souvenir ! Pourtant, au début, j’avais un trac fou !

Quelles sont tes influences musicales ? -J’aime d’abord tout ce qui est chanson kabyle. Je cite la légendaire Nouara et le maestro Chérif Kheddam. A vrai dire, je suis une mélomane boulimique : mes goûts vont de la sublime Yasmina à Mohamed Allaoua en passant par Céline Dion et Hélène Segarra.

 

Quels sont tes projets ? - Je souhaite vivement produire un album en solo. Toutefois, pour le moment, je suis satisfaite car je fais ce que je veux : je chante. Mon plus grand bonheur, je le ressens sur scène en face du public. C’est ce contact direct qui m’intéresse plus que les studios. Outre la scène, je fais des duos avec d’autres chanteurs. Actuellement, je travaille dans un studio d’enregistrement à Seddouk, en duo avec trois chanteurs.  J’essaie également de m’organiser pour ne pas perdre mes études. La chanson, c’est certes ma passion, mais un chanteur doit être aussi cultivé. Je sais que quand on a de la volonté, de l’ambition, on peut tout faire : chanter, étudier, faire du sport, ...

Comment vois-tu la chanson kabyle contemporaine? - Autrefois, les paroles avaient une place cruciale dans une chanson. De nos jours, c’est plus la musique qui compte. Pour ma part, je suis pour un travail de groupe. Chacun doit intervenir dans son domaine pour faire une belle chanson et pour que la chanson kabyle aille de l’avant. Cela dit, je demeure convaincue que la voix joue le rôle le plus important. Elle met en valeur la chanson.

Un mot pour conclure. - Il faudrait peut-être déplorer le fait que ce ne soit encore que quelques femmes qui ont le droit d’être artiste chez nous. Même les hommes n’échappent pas non plus aux tabous anachroniques qui bloquent notre société. A titre d’exemple, il y a un jeune homme qui a sincèrement toutes les qualités d’un grand artiste, mais son père s’est fermement opposé à ce qu’il réalise son rêve de chanteur. C’est bizarroïde : d’une part, ces gens-là considèrent l’homme qui chante comme un efféminé ; d’autre part, ils prohibent à la femme de chanter ! A mon sens, la première victime du patriarcat, c’est …l’homme.    Quant à moi, je dirais que j’ai de la chance d’avoir un père compréhensif qui m’encourage dans tous mes projets. Mes premiers fans sont les membres de ma famille.  Je n’oublie pas de rendre hommage aux pionnières de la chanson kabyle. C’est grâce à elles que nous, les jeunes femmes kabyles d’aujourd’hui, avons le droit de chanter. Enfin, je remercie ma troupe Tina, sans oublier notre journal la Dépêche de Kabylie de m’avoir donné cette occasion de m’exprimer !    

Entretien réalisé par Karim Kherbouche

 La dépêche de Kabylie http://www.depechedekabylie.com/read.php?id=23375&ed=MTIzMg==

*Producteurs, paroliers, musiciens, etc., pour tout contact avec la chanteuse Tinhinan, veuillez vous adresser au webmaster: karim70dz@yahoo.fr

 

 

 

Par Karim Kherbouche - Publié dans : Chanteuses kabyles
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Mercredi 21 juin 3 21 /06 /Juin 00:01

Hommage

Malika Domrane, l'insoumise 

 
Bel hommage que l’association Mohand Ath El Hadj de Azazga rend à la grande vedette de la chanson kabyle, Malika Domrane, les 25 et 26 du mois courant. Cette reconnaissance n’est qu’un couronnement bien mérité d’une artiste hors pair, d’une militante inlassable et d’une vie passée au service de "Taqbaylit" dans toutes ses acceptions.  
D’abord, Malika Domrane vient au monde un certain 12 mars 1956, à Tizi Hibel, village de la Haute Kabylie où ont vu également le jour deux grandes figures de la littérature algérienne, en l’occurrence Fadhma Nait Mansour et Mouloud Feraoun. Dès son jeune âge, elle prend conscience du déni identitaire et de l’amère condition des femmes. Etant doublement victime, elle n’a pas le choix : soit elle pleure son sort et le subit, soit elle agit et résiste. Malika, bien sûr, opte pour la deuxième possibilité qui n’est évidemment pas de tout repos. 
 
Son "incursion" dans le monde artistique qui est jusque-là pratiquement la chasse gardée de la gent masculine, est en soi un acte militant courageux. A l’âge de 12 ans, elle se distingue en remportant un concours de chant alors qu’elle est élève à l’école des sœurs blanches. Au lycée, l’adolescente annonce clairement la couleur, chante dans une chorale d’élèves et compose ses premiers textes. Ce n’est nullement en môme candidement fascinée par le beau monde de la chanson qu’elle agit. Elle a un message, celui d’une militante intellectuelle qui, avec son irréductible esprit d’insoumission, ose exprimer ses opinions sans tenter de les atténuer par des expressions euphémiques. A ses débuts déjà, avec sa voix enjouée, son glamour, sa musique très en vogue, Domrane devient vite une artiste incontournable notamment parmi les jeunes qui rêvent de changement et d’un monde meilleur.  
C’est ainsi qu’elle vient de donner naissance à un phénomène tout neuf dans le monde de la chanson kabyle. En 1969, elle décroche une médaille d’or au festival panafricain.  
Dans ses discours publics, tout comme dans la chanson, Malika est directe, Malika est franche. Sans doute, dans sa vie aussi. Même si elle fait preuve de plasticité, elle n’en démord pas. Elle réclame, entre autres, le droit de chacun à profiter des joies de la vie et exprime un désir ardent de voir sa patrie-mère libérer des tabous et des jougs qui le garrottent. Parmi les thèmes qu’elle aborde dans ses chansons et qui peuvent "choquer" plus d’un, ce qui n’est pas du tout facile à l’époque, on cite l’inceste et l’adultère dans "Ajedjig" (La fleur du péché).  
« Malika Domrane est à la fois une mère de famille, une gardienne de l’identité culturelle et militante de la condition féminine. Elle n’a d’égal qu’elle-même. Elle a chanté des chansons de H’nifa, Taos Amrouche, Bahia Farah, et j’en passe, mais elle se distingue de celles-ci par ce qu’elle a vécu et ce qu’elle pense », affirme Dr. Mohand Soulali, psychothérapeute et sexologue.  
En effet, si l’auteur de « Ay asaru » a le sens de comprendre les femmes, c’est parce que, d’une part, elle est une femme comme elles et, d’autre part, le destin l’a emmené dans un lieu où elle pourra les comprendre mieux que quiconque : l’hôpital psychiatrique de Tizi Ouzou où elle a été infirmière au chevet des femmes malades. « Elles m’ont donné énormément. Elles me racontaient tout. Tout ce qu’on cache, elles me le livraient sans gêne. Elles m’ont beaucoup inspirée dans le choix des thèmes de mes chansons, m’ont appris des poèmes… Pour les faire dormir, je n’avais nulle besoin de somnifère. Je chantais et elle dansaient, entraient en transe, puis sombraient dans un sommeil de plomb », dit-elle.  
Vers la fin des années quatre-vingts, l’Algérie entame péniblement ses premières années de multipartisme et la revendication culturelle berbère occupe la scène nationale. Naturellement, Malika accompagne ses frères de combat du Mouvement culturel berbère.  
En 1994, quelques jours avant l’historique enlèvement du chantre de la berbérité, Lounes Matoub, elle quitte le pays, à son cor défendant, à cause des menaces terroristes dont elle fait l’objet à l’instar de beaucoup d’artistes et d’hommes de lettres du pays. Elle s’installe en France et s’éclipse de la scène publique pendant plusieurs années. « J’ai broyé du noir et fait mon chemin de croix. J’ai fait mes adieux à ma chère Kabylie. Mon viatique se résumait à une angoisse atroce qui me tenaillait les entrailles ; j’avais le choix de mourir ou de partir et mourir à petit feu loin en terre étrangère », révèle-t-elle. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, l’assassinat de Lounes Matoub, un ami à elle de longue date, vient remuer le couteau dans la plaie.  
Le 29 janvier 2005, au grand bonheur de ses admirateurs, elle revient de plus belle et donne un concert mémorable à Montréal. Depuis, elle enchaîne spectacle sur spectacle, en France, en Italie et en Algérie et elle réalise que sa popularité demeure intacte. C’est un nouveau souffle, une seconde jeunesse.  
Voilà bien une vie riche en événements sur laquelle se pencheront sans doute de nombreux auteurs. «Je n’ai rien gagné, j’ai au contraire tout donné à l’art, mais je suis heureuse et satisfaite parce que j’ai la force de la conviction. Le plus important est que je n’ai jamais baissé les yeux devant une personne », déclare-t-elle.  
Enfin, une pléiade d’artistes kabyles des deux générations, de nombreuses personnalités du monde culturel et politique, des amis (es) et des admirateurs (trices) de l’artiste, se sont donnés rendez-vous le 25 et le 26 à Azazga pour rendre un vibrant hommage à Malika Domrane de son vivant.  
                                                                                                                                               Karim Kherbouche 
                                                                                                                                               La dépêche de Kabylie 
                                                                                                                                               du 25 mai 2006 

Par Karim Kherbouche - Publié dans : Chanteuses kabyles
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