Dimanche 22 avril 7 22 /04 /Avr 00:00

Cicéron, le talentueux rhétoricien latin, pour dénoncer la perversité et la corruption des hommes de son temps, s’exclamait : « O temps ! o moeurs ! ».

Cette célèbre exclamation est plus que jamais d’actualité, surtout lorsque l’on évoque l’art et les artistes de notre temps qui, pour la plupart, ne sont animés que par le show-business et la convoitise mercantile.

D’aucuns s’empresseront à dire qu’il s’agit là d’une opinion anachronique et qu’à chaque époque ses hommes, ses mœurs et, partant, ses artistes.

Ou encore : notre époque n’a plus besoin de ces artistes qui se consument toute leur vie pour, croient-ils, éclairer ce qu’ils appellent leur peuple. Loin de prétendre engager un débat, au demeurant philosophique, sur la relation qui existerait entre l’artiste et son temps, il est néanmoins clair comme de l’eau de roche que la qualité des oeuvres artistique actuelles est lamentablement médiocre. L’art n’est plus ce qu’il doit être et ce pour quoi il est né. L’art est profané, piétiné, éclipsé dans le cadre établi de la consommation.

L’art n’est plus rebelle, il est devenu docile et ne perturbe plus jamais les peuples, livrés à l’opium et le bâton, dans leur sommeil.

Disons-le sans ambages : les artisans de notre époque ont peur de l’art, du vrai ; il les menace dans leurs intérêts mesquins et totalitaires !

Les fossoyeurs de la liberté, les tyrans de tous acabits peuvent maintenant dormir tranquille, leur mission est bel et bien achevée : l’art, l’arme redoutable des opprimés, est totalement annihilé.

Bien plus que cela : ils peuvent maintenant le détourner de sa vrai vocation et en faire un moyen pour mettre au pas tout ce qui peut constituer un obstacle à leurs desseins machiavéliques.

Où sont passés ces prestigieux poètes, peintres, musiciens, chanteurs d’antan qui ont accouché des oeuvres éternelles et qui sont morts de faim ou de froid !? Ils ont passés leur vie sans sou ni toit en se sacrifiant corps et âme pour l’art, sachant que leur véritable existence ne dépendait pas de la fin de leur courte vie.

Le monde moderne a apporté à l’art la technologie l’aidant à améliorer la qualité et lui facilitant sa propagation, mais, comble de misère, ce moyen n’est pas utilisé à bon escient et c’est la montagne qui accouche d’une souris !

A mon humble connaissance, cette stérilité artistique de l’homme moderne est due à la non distinction entre l’oeuvre d’art et les autres produits de consommation. L’ordre économique mondial soumet tout ce qui se vend et s’achète à la même règle de la concurrence et de l’accumulation des profits.

C’est ainsi qu’on a corrompu l’artiste, à qui on fait croire que seul l’argent est à même de lui assurer une existence dans cet univers où la compétitivité a atteint ses dimensions paroxystiques.

Dur, dur à un artiste d’émerger actuellement en marge des médias comme cela se faisait dans le passé !

Ces mêmes médias sont encore sous la botte des blaireaux et ne laissent, notamment dans les pays où sévissent encore les dictateurs, passer aucune expression, artistique soit-elle ou autre, qui sort de la « norme ».

Les boucans de tous genres se sont substitués à la belle chanson qui fait penser, rêver, rire, aimer, vivre en un mot.

Le rôle des médias est normalement d’aider les artistes à sortir de l’anonymat, chez nous, on demande à l’artiste d’être célèbre, c’est-à-dire rentable, pour enregistrer ou avoir accès à ces médias qui sont généralement les biens du contribuable !

Sans citer l’escroquerie dont il font l’objet et ce, sans pouvoir bouger le petit doigt. On retrouve par exemple sur les jaquettes des cassettes ou CD des messages publicitaires de la maison d’édition écrits en gros caractères et parfois sur la photo même du chanteur ! Le malheur dans ce monde sans scrupules, c’est lorsque ceci se fait avec le consentement des artistes !

Trop de charlatans dans le monde de la chanson et de l’art en général !

Trop de bruit, trop de musique de cinglés si bien qu’on ne parvient plus à y reconnaître le vrai son de la belle musique !

Cette belle musique existe encore, j’en suis persuadé, mais elle ne trouve pas l’oreille qui saurait l’apprécier à sa juste valeur et, par conséquent, ses artisans finissent toujours par s’éclipser et passer l’arme à gauche.

Alors, s’il vous plait, qu’on se taise pour qu’on puisse écouter de la musique, de la vraie !

Karim Kherbouche,

Texte écrit à Tabouanant (commune d’Ighil Ali, en Kabylie), le 15 août 2003

Par Karim Kherbouche - Publié dans : A vos plumes !
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Dimanche 8 avril 7 08 /04 /Avr 00:00

« Je salue toutes les chanteuses et tous les visiteurs de ce blog ! »

Karim Kherbouche : Azul, Aldjia, comment ça va ?

Aldjia : Ca va super bien Karim, je reviens de Kabylie. J’ai encore l’odeur ibawen dans les narines ! (rires)

 

 

Commençons par tes CD et DVD qui sortiront incessamment, peut-on en connaître le contenu?

Le CD est déjà sorti en Algérie et le VCD (DVD) en France, c’est l’album AFZIM et les clips faits en Kabylie que l’Édition Berbère sort en France d’ici fin avril (entre autres Afzim, Tthara, Afertettu,...). L'album "tamettut" suivra aussi, il est sorti au mois d’août 2006 en Algérie avec un éditeur dont les compétences et la sincérité paraissent douteuses.

 

 

Un projet dans l’immédiat ?

Oui, un single, une chanson que j’ai enregistrée pour un événement important dont je dois faire un clip, que j’aurais bien voulu tourner en Kabylie, malheureusement la personne avec laquelle je devais le tourner n’était pas disponible.

Pour le projet, secret, j’en parlerai au bon moment.

Un nouvel album en préparation ?

Oui, je prépare aussi un nouvel album à mon rythme, avec des thèmes divers.

Que penses-tu du blog chanteuseskabyles.dzblog.com ?

chanteuseskabyles.dzblog.com

J’avoue que ton blog, je l’ai découvert grâce à  Malika Domrane (je lui fais un bisous). Tu as eu une très bonne idée de mettre en avant toutes les chanteuses sans différences, tu es équitable, tu mets surtout en avant la femme j’aime beaucoup ce blog, on y découvre des tas de choses : la mode, la peinture, l’art en général, la cuisine, les infos, il est riche.

Je souhaite qu’il y ait beaucoup de visites sur ce site, notamment les femmes. Je salue toutes les chanteuses, je dis azul d’amoqran à  tous les visiteurs de ce blog, je te souhaite beaucoup de succès et bonne continuation.

Un mot pour conclure ?

Merci Karim de me recevoir dans ton blog. Je dédie cet extrait de l’album sorti en août 2006 à  toutes et à tous.

 

 

Tamattut

 

Tajmilt amek ara m-taragh tagejdit kem a weltma

Yal ass si lehsab âawdegh d kemini ay d ttmana

Aawqegh leqder-im meqqwer therzed laawayed l-lejdud

Digh ilabgh-iw umnegh mebla kem kulci ikfa

Aardegh fell-am sefregh tecbid tasedda

Ayen d-nnigh d leqrar af later-im i nerra affud

Zigh af azal-im nekk baadegh tettfed di nnif d lherma

I yi-yehwan ar d at-ketbegh d wawal n trugza

Lhila ur tettaccar am assa ad fsin leqyud

Comment te rendre hommage tu es tel le pilier de la maison

J’ai beau refaire mes comptes je ne crois qu’en toi

Ta valeur est ineffable toi qui a sauvegardé nos us

J’ai cru en mes désires sans toi tout est fini

Et j’ai essayé de m’éloigner de toi tu es telle la lionne

Or quelques soient mes dires je suis tes traces

Je ne peux décrire ta valeur là  où tu as trouvé honneur et dignité

ur et dignité

J’ai beau écrire et le verbe

Il en restera toujours quelque chose à dire ne t’en fais, tu te libéreras

Par Karim Kherbouche - Publié dans : Chanteuses kabyles
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Dimanche 4 mars 7 04 /03 /Mars 00:00

A la rencontre de Tafsut

A quelques heures  du rendez-vous fixé pour "sortir à la rencontre du Printemps", l’ambiance festive est perceptible, notamment chez les enfants qui, vêtus de leurs plus beaux habits, sortent avec à la main des petites corbeilles en roseau, en osier ou tout simplement en plastique emplies de gâteries de formes et goûts variés.

Alors que d’habitude la saison hivernale spolie le printemps de ses premiers jours en privant les habitants de leur traditionnelle fête de "Amenzu n tefsut " (Premier jour du printemps), célébrée depuis la nuit des temps, le temps est au beau fixe en cette matinée de vendredi à Ighil Ali et sur l’ensemble de la vallée de la Soummam.

La belle saison, qui selon le calendrier grégorien débute le 26 février, est tant appréciée qu’on la personnifie dans l’expression idiomatique "Amaguer n tefsut " (la rencontre du Printemps). Cela va dans l’ordre naturel des choses sachant que la région est connue pour ses hivers rigoureux, même si ce n’est pas le cas cette année. Le retour des beaux jours et des douces températures ne peut être que source de dénouements et de liesses.  Les préparatifs de l’événement ont débuté il y a plusieurs jours déjà et les commerces mettent à la disposition des clients une grande variété de bonbons et de friandises. Ces produits à base de sucre occupent une place prépondérante pendant cette fête. C’est une façon de souhaiter que les jours soient aussi délicieux que le sucre. Séculaire , la célébration d’ " Amenzou n Tefsut "  a un tel ancrage social que de nombreuses familles habitant dans les villes sont revenues y  prendre part.  Sous un ciel bleu azuré, clairsemé de nuages, les paysages montagneux paraissent sereins, enivrants, rassurants et protecteurs. La nature verdoyante et les éblouissantes fleurs blanches des amandiers abondants offrent une image enchanteresse.  A quelques heures  du rendez-vous fixé pour "sortir à la rencontre du Printemps", l’ambiance festive est perceptible, notamment chez les enfants qui, vêtus de leurs plus beaux habits, sortent avec à la main leurs petites corbeilles en roseau, en osier ou tout simplement en plastique emplies de gâteries de formes et goûts variés.

Les femmes se lèvent tôt et préparent à l’avance le repas pour être libres pendant tout le reste de la journée. Ce repas traditionnel est constitué de couscous et de légumes cuits à la vapeur, le tout mélangé après cuisson. Ce plat dépuratif et revigorant s’appelle "tchiwtchiw" dans les At-Abbas et  "Ameqful" ou encore "Aderyis" dans d’autres régions de Kabylie. En général, on préfère cueillir ces légumes dans la nature, donnant ainsi à ce mets une saveur propre à cette fête.

Ce repas est également agrémenté de viande séchée (Acedluh), d’œufs cuits à l’eau (timellalin tuftiyin), ainsi que de graines de fèves (ibawen), de maïs (akbal), de blé (irden) et d’autres céréales cuits également à l’eau. Ces derniers, notamment le blé, symbolise l’abondance.

Saint-Valentin

Aux environs de midi, plusieurs processions de femmes de tous âges sortent dans toute la région en compagnie des enfants et des jeunes gens. L’humeur joyeuse est perceptible sur tous les visages. La même ambiance règne à Tazaiart, Takorabt, Azrou, Ighil Ali et dans tous les villages de la daïra. Il faut souligner qu’Amenzu n’Tefsut représente une sorte de Saint-Valentin, notamment pour les jeunes célibataires. Ce jour-là, on ne lésine point sur les moyens pour séduire. Pour cause, la veille de cette fête les salons de coiffure pour dames sont pris d’assaut par les jeunes filles et les magasins de vêtements féminins enregistrent d’importante ventes comme à l’occasion de chaque fête. Autrefois, les jeunes femmes n’avaient pas la liberté de sortir de chez elles pendant toute l’année et cette fête était pour elles l’occasion propice pour se mettre en valeur et pourquoi pas trouver chaussure à leurs pieds.

Dans le passé, c’étaient seulement les femmes qui animaient cette fête (urar n lxalat) en chantant des chants traditionnels, en tapant sur le “bendir” (tambour) et en battant des mains (aceqqwer, aserfeq). Actuellement, même si la tradition est toujours de mise, on fait appel également aux troupes folkloriques des tambourins (idebbalen) qui signent ces dernières années un retour en force dans la région. 

Les défilés de femmes et d’enfants serpentent à travers les sentiers sinueux traversant les champs verdoyants menant vers les lieux et les mausolées traditionnellement visités à l’occasion. De loin s’offre une vue fantastique. Le soleil darde ses rayons, réchauffant   le bois humide, les fleurs chamarrées, les lauriers-roses, les pins, les ronces, les romarins et les lavandes, d’où un cocktail de capiteux parfums se libère et vient chatouiller les narines pour exciter l’évasion et la soif d’aimer et de se donner corps et âme à l’autre. Le chant des tambourins, les youyous des femmes et les cris de joie se mêlent au murmure des chants d’oiseaux et au gazouillement des eaux coulant dans la rivière. 

Les villageois s’arrêtent dans les mausolées pour implorer les saints vénérés afin que toute l’année soit belle à l’instar du printemps. Les randonneurs du printemps n’oublient désormais plus de s’équiper de leurs camescopes et appareils-photos pour immortaliser l’événement.    

Outre le recueillement devant les mausolées, d’autres lieux sont inéluctablement visités. On cite en exemple At Abla (vestige d’un ancien village détruit et dévasté depuis des millénaires et d’où sont originaires les habitants du village Tabouanant) et Taseffayt où fut construite, dit-on, la première maison du village Ighil Ali. Ce rituel, observé chaque année, s’explique sans doute par le besoin de se ressourcer sur la terre des ancêtres. Au cours de cette randonnée voluptueusement épuisantes et qui dure jusqu’à la fin de la journée, les familles se rassemblent  pour savourer un repas en famille à même le sol : c’est un moment de plaisir inoubliable.

Signalons que même la Maison de jeunes Mouloud- Kacem du village, dans le cadre de ses journée culturelles et pédagogiques, a décidé d’y mettre du sien en organisant à cette occasion une sortie pour ses élèves au lieudit Tizi Guemden.    Enfin, nombreux sont ceux qui souhaitent que l’on fasse de cette fête, à l’instar de Yennayer, des journées de réjouissances et de retrouvailles.

 

Karim Kherbouche

Source: http://www.depechedekabylie.com/read.php?id=36253&ed=MTQ0Mw==

Par Karim Kherbouche - Publié dans : Traditions
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Jeudi 22 février 4 22 /02 /Fév 00:00

L’Association des Berbères du Canada organisent à l’occasion du 27ème anniversaire du Printemps Berbère un concert avec

Malika Domrane et Lounes Kheloui

le 14 avril 2007 à partir de 19h30

Théatre Outremont à Montréal

 

Par Karim Kherbouche - Publié dans : L'actu' de la chanson kabyle
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Mercredi 7 février 3 07 /02 /Fév 00:00

Ecouter l’album que vient de sortir Brahim Tayeb, le moins que l’on puisse dire, c’est effectuer un merveilleux voyage musical et aller à la rencontre des autres cultures afin de répandre nos rêves d’amour. C’est de bout en bout une œuvre qui réunit un florilège de musiques des quatre coins du globe : les musiques kabyles se mêlent subtilement à d’autres genres musicaux dont l’Oriental, le classique universel et à des sonorités jazzy et maghrébines. C’est une nouvelle invitation de cet artiste non-voyant qui dit « remercier Dieu de lui avoir ôté la vue », dans son jardin secret.

En effet, tout comme "Int-as" (dites-lui) qui n’est pas près de faner, l’album en question comprend une chanson de plus de 40 minutes, intitulée "Tikher-as" (laisse-le) qui traite du thème central de l’amour. A première vue, on relève dans les deux titres la répétition du pronom affixe "as" ; si dans le premier l’on s’adresse à la bien-aimé, dans le second l’accent est plutôt mis sur l’amoureux : un jeune dont le rêve d’amour est injustement confronté aux interdits et à la réalité quotidienne faite de chômage, de violence et d’incompréhension. Dans ce contexte et face à la désespérance générée par l’incapacité d’honorer les engagements pris envers sa dulcinée, le jeune épris sombre dans la désillusion et le rêve d’une vie meilleure sous d’autres cieux. Le manque de communication, mis en exergue par l’utilisation de la troisième personne (dites-lui, laisse-le), accentue ce sentiment de frustration et fait prendre à la passion amoureuse des allures de révolte.

Par ailleurs, ces dernières années, les hommages aux anciens artistes sont devenus monnaie courante et la plupart sont dénudés de toute originalité et n’ont qu’un seul but : laisser un nom à défaut de laisser une oeuvre. Mais, Brahim Tayeb ne fait pas comme les autres et se détache du peloton. Ce n’est guère fortuit que "Tikher-as" est dédié à la mémoire du regretté Cheikh El-Hasnaoui qui, dans d’autres circonstances, a subi les mêmes affres qu’évoque cette chanson.

Enfin, outre sa voix suave jouant notamment dans l’aigu et dégageant des tonnes et des tonnes de tendresse, rien n’est laissé au hasard et tout est fidèle à la personnalité de cet artiste infatigable semeur d’amour. Merci Brahim !

Karim Kherbouche

Par Karim Kherbouche - Publié dans : Chanteuses kabyles
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Dimanche 21 janvier 7 21 /01 /Jan 00:00

Au grand bonheur de ses inconditionnels, Amour Abdenour vient de sortir un nouvel album contenant huit chansons : T’hermedh (Tu me prives de sommeil), Edj-iyi (Quitte-moi), Tghadh-iyi (La malchanceuse), Nella (Nous étions), Teddem-iyi (L’otage de l’amour), Akken yebghu (Séparation à l’amiable), Awi ttrussen (Les bons amis d’antan).
Comme son nom l’indique, Amour Abdenour accorde la part du lion au thème de l’amour. L’artiste au look discret revisite l’amour dans toute sa splendeur, avec ses bonheurs tant éphémères que perpétuels, ses regrets, son amertume et sa nostalgie. Abdenour nous emmène de nouveau dans son monde que, tout compte fait, l’âge n’a changé en rien. Avec sa voix enrouée et chargée tendresse, ses belles mélodies, ses textes inspirés de son vécu ou de celui de ses concitoyens, cet ancien géomètre inculque l’espoir, l’amour et le courage.       
Sur le plan musical, Abdenour demeure fidèle au style folklorique kabyle qu’on lui connaît. L’instrumentation est riche mais loin d’être discordante et laisse largement la place aux instruments traditionnels. Les musiques de cet album ne visent pas seulement les cœurs et les méninges mais aussi les corps. C’est à écouter aussi bien pour méditer que pour danser. 
Karim Kherbouche

Par Karim Kherbouche - Publié dans : L'actu' de la chanson kabyle
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Dimanche 21 janvier 7 21 /01 /Jan 00:00

                         

Avant d’épouser une carrière florissante en solo, Aldjia fit d’abord partie du fameux groupe Djurdjura. Le plus grand souci de cette chanteuse dont la joie de vivre fait plaisir à voir, est de mettre au goût du jour sa chanson afin de toucher davantage de jeunes mélomanes d’aujourd’hui. Et cela semble donner son fruit.   
C’est à Béjaia que nous l’avons rencontrée et elle a bien voulu répondre à nos questions.   
T’es donc désormais de retour Aldjia, n’est-ce pas ?
Mais je ne suis pas partie complètement (rires) ! J’avais seulement besoin d’une pause pour m’occuper de mon foyer. Maintenant que mes enfants sont grands, j’ai suffisamment de temps pour me consacrer à ma passion de toujours qu’est la chanson.
Des projets à court terme?
En plus de mon nouveau DVD qui est en gestation, je prépare la sortie de mon nouvel album. Il s’agit surtout d’un hommage, ô combien mérité, aux martyrs de la chanson kabyle féminine, en l’occurrence H’nifa et Bahia Farah. La femme, ce n’est pas seulement la beauté et la tendresse, c’est aussi des droits. Il y a aussi d’autres chansons qui touchent à d’autres thèmes, notamment l’amour…
Comment peut-on chanter l’amour quand on n’est plus jeune?
(Rires) Ca c’est une très bonne question ! De toute façon, comme on dit, l’amour n’a pas d’âge ! Naturellement, on ne ressent pas l’amour de la même manière à 20 ou à 40 ans.  Je pense qu’avec le temps, on s’assagit. Je ne sais pas, peut-être. Et puis, l’âge, c’est dans la tête. Sur ce plan, on peut devenir vieux à 20 ans comme on peut demeurer jeune à 90 ans ! A bon entendeur, salut !
Aldjia est-elle du genre à surveiller sa ligne ?
Je ne suis pas une obsédée de la balance. Je me pèse rarement, je t’assure. Par contre, je fais de la natation, du vélo, de la marche. J’adore le sport.
Quelles sont tes tenues préférées ?
Sur scène, je ne peux me passer de la robe kabyle que je modifie à ma manière pour l’adapter à la modernité. Dans ma vie de tous les jours, j’aime porter des vêtements branchés au point d’être traitée de fashion victim dans mon entourage. Cela ne me vexe pas. C’est d’ailleurs ma fille de 22 ans qui me conseille mes tenues. En France, j’ai fait de la couture à la mode et c’est un métier que j’adore. La robe véhicule aussi des valeurs culturelles.
Ecoutes-tu tes propres chansons ?
Oui, mais pour me critiquer surtout.
Qu’est-ce ça te fait de chanter notamment sur scène ?
C’est un bonheur rare les moments que l’on vit en osmose avec son public.
Dans ton dernier album, tu as repris une chanson d’Enrico Macias, en es-tu une admiratrice ?   
J’aime bien Enrico, c’est de la musique de chez nous. J’ai repris une de ses chansons que j’aime plus que les autres. Il s’agit de « Mon amour à moi ». Si tu veux, je te la chante tout de suite ! (elle chante a capella).
Un mot avant de se dire au revoir ?
J’ai envie de vivre encore beaucoup de choses dans le monde de la chanson, de rester jeune et belle. J’embrasse tous les lecteurs et toutes les lectrices de Confidences et je leur souhaite une merveilleuse année 2007.
Entretien réalisé par Karim Kherbouche

Par Karim Kherbouche - Publié dans : Chanteuses kabyles
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Dimanche 21 janvier 7 21 /01 /Jan 00:00

Même si l’œuvre de Lounes Matoub n’est pas toute autobiographique, il apparaît clairement que Djamila, sa première épouse -qu’il a mainte fois évoquée dans ses chansons- est l’inspiratrice de la majeure partie de ses chansons d’amour. Malgré le divorce survenu plus tard, les chansons de Lounes ont fait d’elle une femme mythique qui continue d’exciter la curiosité collective.

Sa troisième épouse, Nadia, est encore la plus connue de la scène publique depuis l’assassinat de Matoub le 25 juin 1998. En revanche, sa seconde épouse, Saadia est presque dans l’anonymat. Même dans son livre, le Rebelle, Matoub n’en dit pas grand-chose sur ce mariage ni sur les raisons du divorce.

Saadia est hôtesse de l’air, elle aurait aidé Matoub pour son transfert, sa prise en charge pour les soins en France suite à ses blessures par balles lors des événements d’octobre 1988, avant de l’épouser. Elle vit actuellement en France. Nous avons tenté de prendre contact avec elle pour d’éventuels témoignages, mais la femme se refuse de toute déclaration à la presse parce qu’elle « souffre toujours de ce qui est arrivé à son ex époux qu’elle n’a jamais cessé d’aimer » et qu’elle « ne voudrait pas remuer le couteau dans la plaie », a-t-elle affirmé à une célèbre chanteuse kabyle. Cette page de la vie de Matoub mérite bien d’être connue des millions de ses fans.

 

Karim Kherbouche

Par Karim Kherbouche - Publié dans : Chanteuses kabyles
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Dimanche 21 janvier 7 21 /01 /Jan 00:00

La chanteuse française d’origine algérienne, Assia se produira, le 28 de ce mois, à Marseille, pour la première fois dans le cadre de la célébration de Yennayer, le jour de l’an amazigh. Elle est au programme du gala de clôture des festivités qui ont débuté le 13 du mois courant et qui sont organisées par l’ACAM (Association culturelle amazigh de Marseille). Elle sera accompagnée par une pléiade d’artistes, à l’image de Allaoua, Doukali, les ballets Gouraya, etc.

Par ailleurs, on apprend de sources sûres que Assia prévoit une tournée en Algérie dont elle annoncera la date dans les prochains jours. Et à cette occasion, ses fans de Sidi Aich comptent déjà s’organiser pour réserver un accueil triomphal à la fille de leur village.

Karim Kherbouche

Par Karim Kherbouche - Publié dans : L'actu' de la chanson kabyle
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Dimanche 7 janvier 7 07 /01 /Jan 00:00

“Je ne serai jamais récupéré si je ne le veux pas !” Cette phrase, qui en dit long, émane de la star du football mondial, Zinedine Zidane qui reste la personnalité préférée des Français, selon le top 50 des personnalités. L’ex-meneur de jeu des Bleus, qui voulait envoyer un message aux candidats à la présidentielle de 2007 en France, dira, pour mettre les pendules à l’heure : “Tout ce que je fais, c’est dans l’unique but de me faire du bien ou de faire du bien autour de moi.” Et d’ajouter : “Et ce sera toujours dans le domaine du sport ou des enfants (…) Rien en politique, sauf si je le décide un jour. Mais, ce n’est pas demain la veille.”

Sources : Liberté - 01/01/2007

Par Karim Kherbouche - Publié dans : A vos plumes !
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Dimanche 7 janvier 7 07 /01 /Jan 00:00

Texte de la conférence que j'ai animée à Ighil Ali dans le cadre des festivités de la célébration de Yennayer 2006 organisées par l’association Taos et Jean Amrouche

Le 12 janvier, plusieurs régions de l’Afrique du nord fêtent Amenzu n Yennayer (le premier janvier amazigh) de l’année berbère 2957. Ce jour est compté parmi les solennités communautaires qui sont, avant tout, religieuses et il est célébrée depuis des millénaires.

Les portes de l’année
En Kabylie, à l’instar de ces régions, une ambiance particulière règne au sein des familles pendant cette journée. On l’appelle également « Tiwwura n useggas » (les portes de l’année) et elle véhicule toute une mythologie berbère. Ces portes s’entrouvrent au début de chaque année pour permettre de redémarrer quelque chose, de faire le point sur ce que l’on a vécu et d’envisager un avenir. Les enfants attendent avec beaucoup de joie et d’empressement l’ouverture de ces portes pour faire un vœu tel un événement rare et important, comme on attend « papa Noël » !.

La célébration de yennayer
Cette célébration est marquée par un rite où l’on immole soit des coqs où des lapins, un sacrifice (Asfel) destiné à rendre la divinité propice, clémente aux humains et éloigne les forces maléfiques. Pour le souper de janvier (Imensi n Yennayer), afin de souhaiter l’abondance pour toute l’année, on tient à avoir ses récipients bien garnis et il serait inconvenant de se montrer avare. On prépare à l’occasion un repas copieux avec la viande de la bête immolée, ou encore de la viande séchée (acedluh), pour agrémenter le couscous ou le gros couscous (berkukes). On peut ajouter également à ce plat des crêpes (tighrinfin), des beignets (lesfendj).
De nos jours, certaines familles enrichissent ce plat par d’autre éléments non traditionnels, telles des friandises, des boissons, etc. Selon le rite, pendant ce repas de famille, on met à part ce qui revient aux filles mariées absentes et on dispose pour ce souper les cuillers des absents. Les familles s’échangent de repas et offrent aux démunis leur part afin qu’ils puissent faire la fête comme tout le monde dans la convivialité.
Durant cette célébration, on coupe les cheveux aux petits garçons pour qu’ils régénèrent ce qui, symboliquement, signifie que comme lorsque l’on coupe les branches des arbres pour que la sève remonte et pour la vie continue. Les enfants ne mettent pas de beaux habits comme ils font un jour de fête, mais ils font la carnaval. Ils se masquent à l’aide d’une courge évidée, percée de trous pour les yeux et la bouche, ils collent des fèves à la place des dents et des poils de chèvres pour les moustaches et la barbe. En petits groupe, ils vont à travers les ruelles, jouent et font la collecte.

Une date à réhabiliter
A noter que, de nos jours, cette tradition a un peu ou beaucoup changé selon certains villages, comme elle a, hélas, carrément disparu dans d’autres villages de Kabylie. Sa restauration ne serait que salutaire et c’est l’un des objectifs que des associations culturelles se sont fixées.
Par ailleurs, cette date est désormais considérée par de nombreuses personnes comme celle du nouvel an à part entière. Un moment pour souhaiter la bonne année (aseggas ameggaz, plutôt !) à tout le monde et s’écrire des cartes de vœux à des amis et proches. Des associations, aussi bien en Kabylie qu’au sein l’émigration, organisent des galas artistiques avec souvent des vedettes de la chanson kabyles. Chez bien des familles émigrées, on fête comme au bled, cette journée. « Si certains ont oublié nos coutumes en arrivant en France, dans notre famille nous restons attachés à notre culture et nos racines, nous célébrons Yennayer comme jadis et nous ne ratons pas les festivités qui s’organisent ici en France à cette occasion », déclare une émigrée. Un autre émigré enchaîne: « Quand nous étions en Kabylie, nous fêtions yennayer dans ma famille, mais une fois arrivés en France, tout a changé ; sincèrement, je suis désolé. Pourtant cette fête est très importante ; les Chinois, les Russes et les autres, ont leur jour de l’an qu’ils fêtent, pourquoi pas nous ? Il n’y a pas de mal à être différent, bien au contraire ».
Yennayer est un moment important dans notre vie psychique parce que ça nous permet de nous rassembler autour d’une date, de nous rassembler autour d’un repas commun, de nous rassembler autour d’un rituel et cela permet une résonance émotionnelle qui assure la cohésion sociale de la Kabylie et des Berbères d’une manière générale ; il faut donc l’encourager et aller de l’avant.

Yennayer 2955, qu’est-ce que c’est ?
Yennayer est le premier mois du calendrier agricole solaire (le calendrier julien), ce qui explique la différence de 12 jours avec le calendrier grégorien. Selon les linguistes, le mot Yennayer est composé de deux mots vivants dans le berbère d’aujourd’hui : Yan (un, premier) et ayyur (mois). Quant à l’année 2955, des études historiques l’attribuent à la victoire du roi berbère Chachnaq 1er sur le Pharaon en l’an 950 avant Jésus Christ. Ce roi conquit le Delta, partagea le sol entre les Libyens et fonda la XXIIe dynastie. C’est cette date qui aurait été choisie comme point de départ du calendrier amazigh.

L’emprunté : le dernier de Yennayer
Un proverbe kabyle dit : jusqu’où a pénétré l’eau durant Yennayer pénétrera l’ardeur du soleil en août (anda wwdhen waman di Yennayer, ad yawedh yittij n ghuct). Le dernier jour de Yennayer est, suivant la légende berbère, désigné par le terme « amerdhil », l’emprunté. On dit que, dans les temps anciens, durant le mois de Yennayer il y avait eu beaucoup d’orage, de neige et de froid glacial. Durant tout le mois, la chèvre fut enfermée chez elle. A la fin de Yennayer, le soleil brilla de nouveau et l’herbe poussa sur le sol. La chèvre fut toute heureuse de retrouver les champs. Elle s’adressa alors à Yennayer et lui dit sur un ton ironique : Grand bien te fasse, mon ami Yennayer ! Tu es reparti sans nous causer beaucoup de mal ! Ces paroles acerbes provoquèrent le courroux de yennayer qui fit tout de suite appel à son ami Furar (Février), il lui dit en vers:

Mon ami Furar, je t’en supplie,
Prête-moi l’un de tes jours
Que je puisse châtier la chèvre impudente
Et lui mettre la tête dans le feu

Furar emprunta un de ses jours à Yennayer. Le ciel se couvrit aussitôt de gros nuages, s’ensuivirent les tonnerres et les éclairs. Le vent soufflait si fort qu’il brisait tous les arbres. La chèvre qui était encore aux champs mourut de froid. C’est pourquoi le dernier jour de yennayer est appelé « l’emprunté » et le mois de février a un jour de moins que les autres mois.

Par Karim KHERBOUCHE

Par Karim Kherbouche - Publié dans : Traditions
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Dimanche 24 décembre 7 24 /12 /Déc 00:00

A 19 ans, la Kabyle Nadia Zouaoui a été arrachée de force à son village de Tazmalt et mariée à un compatriote émigré au Québec. Des années plus tard, elle revient en Kabylie afin de comprendre ce qui, dans sa contrée, freine l’émancipation des femmes.

 

Mabrouk Rabahi : Le Voyage de Nadia c’est le votre, de quelle expérience personnelle êtes-vous partie pour porter à l’écran ce regard critique en parlant des souffrances des femmes dans cette région de l’Algérie-la Kabylie- d’où vous êtes originaire ?

Nadia Zouaoui :L’idée originale du film n’avait rien à voir avec mon histoire personnelle. Je voulais faire un film sur les difficultés que rencontrent les femmes féministes dans les pays musulmans. Des femmes comme Chirine Ebadi, le prix Nobel de la paix, me fascinent car je sais combien il est pénible et frustrant de se battre dans des sociétés où les mentalités sont machistes et rétrogrades .Malheureusement ou peut –être heureusement, je n’ai pas pu avoir de financement pour un tel projet, il y avait par contre une ouverture pour faire un documentaire avec un contenu canadien. Je suis donc devenue le contenu canadien pour mon projet et c’est de là qu’est née l’idée du Voyage de Nadia. Donc c’est moi qui retourne dans mon pays d’origine pour parler des femmes de mon enfance à travers mon histoire. Je me suis dit que dans mon village il y a tous les ingrédients pour un tel film.
Toute petite, je ressentais déjà les injustices que vivaient les femmes autour de moi. Le mariage forcé de mes cousines, l’impossibilité de sortir dehors, les taches ménagères qui n’incombaient qu’aux filles. Les professeurs du lycée de filles que j’ai fréquenté, nous appelaient « le genre faible » au lieu de prononcer le mot « femmes », ce mépris pour la femme je l’ai remarqué à un très jeune age et même si tout le monde autour de moi trouvait cela normal, je savais que c’était injuste et je me suis donnée la mission de le dénoncer un jour.

M.R : D’entrée de jeu l’œil de la camera pointe sur l’aspect carcéral, la répartition de l’espace entre femmes et hommes, en un mot l’agora ou l’espace publique c’est du masculin pluriel ?!

N.Z :Très jeune déjà j’ai été marquée par cet enfermement des femmes, je n’ai jamais vu mes voisines ou ma mère marcher dans les rues de mon village, c’est comme si elles appartenaient naturellement au décor de leurs cuisines, c’est comme si elles faisaient partie des meubles de la maison, cette servitude intériorisé me déconcertait . Nous étions des prisonnières dans nos propres maisons non parce que nous avions commis des crimes comme de vrais prisonniers mais parce que nous étions des femmes. Je me souviens que vers l’age de dix ans, j’envoyais des bouts de papiers aux femmes du voisinage ou je les invitais à sortir pour faire une manifestation dans les rues de Tazmalt pour demander le droit de sortir. Personne n’osait mettre le nez dehors le jour venu. Elles me trouvaient bien mignonne avec mes petits bouts de papier et mes rêves de liberté et je ne comprenais pas pourquoi elles ne se joignaient pas à moi. Elles m’ont expliqué plus tard que si elles se joignaient à une telle manifestation leurs maris les divorceraient et leurs pères les battraient. Je me suis donc rendu compte très jeune que les choses ne sont pas si faciles à changer et que mon tour pour l’enfermement viendrait dés le début de mon adolescence.

M.R : Les conséquences de cette incarcération se lisent sur tous les visages des femmes qui ont témoigné et qui appartiennent aux différentes générations, il y a quelque chose de pathétique qui se dégage : frustrations, dépressions et mélancolie. Quelles sont les difficultés rencontrées pour arracher ces témoignages ?

N.Z : Pour trouver des candidates pour le documentaire j’ai essuyé beaucoup de refus ; les femmes voulaient parler et me racontaient toutes leurs histoires aussi tristes les unes que les autres mais la difficulté se pointait quand je demandais la permission aux hommes de la famille. Ce qu’il faut comprendre, c’est que dans ces société, les femmes n’ont pas leurs identités propres en tant que sujets autonomes, elles sont la femme d’untel, la fille d’untel, la sœur d’untel ,et donc pour les interviewer il faut s’assurer d’avoir les permissions des hommes de la famille.
Cependant, dés que j’ai ouvert la caméra ces femmes se sont livrées à cœur ouvert comme des volcans à qui on donnait la parole pour la première fois. Je n’ai eu aucune difficulté à les faire parler. Il y’a effectivement une frustration, le sentiment de s’être fait avoir par des coutumes ancestrales qui n’ont plus de sens.

M.R : Les hommes qui ont répondu à vos questions semblent mis au pied du mur ou démasqués, est-ce l’effet de la camera ou effectivement hommes et femmes convergent à expliquer par la fatalité le poids de toute cette tradition patriarcale comme impersonnelle et dépassant les sujets sociaux, plus accentuée à la campagne ?

N.Z : Non, je n’ai pas mis les hommes au pied du mur et ce n’était pas mon intention. Je voulais donner la parole aux hommes mais à des hommes qui soient assez honnêtes pour expliquer le poids des traditions et comment ils sont pris dans ce carcan insoulevable. J’étais avec une équipe de tournage composée de femmes québécoises et les hommes algériens deviennent particulièrement galants devant des occidentales mais étant algérienne et connaissant bien la mentalité j’ai fait attention de ne tomber ni dans le discours féministe à l’occidentale qui veut dénoncer ces hommes qui ne donnent aucune liberté à leurs femmes ni dans le discours galant qui embellie la réalité. Je suis très contente des hommes qui ont témoigné dans le documentaire et je les trouve très courageux car ils rendent aussi justice à la souffrance des hommes pris dans cette mentalité complexe et ancestrale.

M.R : Vous montrez en même temps des femmes qui jouissent d’une certaine liberté comme l’exemple de cette femme vétérinaire, ne pensez-vous pas que la société Kabyle ou Algérienne en général fonctionne à double vitesse malgré l’islamisation d’en haut du pouvoir et l’islamisation d’en bas des islamistes ?

N.Z : Il est vrai qu’on ne peut pas décrire la situation de la femme d’une façon homogène dans toute l’Algérie qui est un vaste pays plein de contradictions. D’un village à un autre les réalités sont différentes ; c’est pour cela que j’ai choisi Linda, la vétérinaire du village pour illustrer ces contradictions. Linda a un père très ouvert qui a donné toute la liberté à ses sept filles. Alors Linda se déplace seule, sillonne les fermes de la région pour offrir ses services de vétérinaire mais Linda a travaillé très fort pour se faire accepter dans sa société et elle s’est imposée grâce à son ingéniosité et sa façon d’être comme elle le dit dans le film : « …je suis comme un homme… »
Alors chaque famille est différente. Il y a des familles qui laissent les filles étudier un peu, celles qui les laissent finir leurs études mais ne les laissent pas travailler de peur que les hommes ne les demandent pas en mariage et des familles, comme celle de Linda, où la femme est libre de travailler. Une fois encore, on parle d’études et de travail, vivre sa féminité est une autre histoire !

M.R : Dans ce documentaire certaines femmes semblent reproduire les rapports de la domination masculine consciemment ou inconsciemment. Dans une étude précédente menée par Bourdieu [1] en Kabylie exactement, cette reproduction des rapports de domination est attribuée au fait que l’« habitus sexué » (devenir homme ou femme) est déterminé par un inconscient foncièrement phallocentrique d’où le pouvoir auto- hypnotique du masculin. Est-ce que vous confirmez la thèse de Bourdieu, contestée déjà par beaucoup de féministes ?

N.Z : Je suis tout à fait d’accord avec cette thèse. Je crois qu’il y a un grand travail à faire sur les femmes car elles sont souvent, sans qu’elles se rendent compte, formatées par la domination masculine. Dans la façon d’élever les enfants par exemple, les femmes vont souvent donner des taches ménagères aux filles et pas aux garçons, elles vont responsabiliser les filles plus que les garçons, elles sont beaucoup plus exigeantes avec les filles plus qu’avec les garçons, toutes ces choses qui ne semblent pas si importantes ont un grand impact sur les enfants et sur leur conceptions des deux genres. Je crois que les femmes du monde entier n’ont pas fini de se débarrasser de la domination masculine.

M.R : Selon vous c’est quoi la part du legs arabo-islamique, qui s’est déjà sédimenté sur une tradition méditerranéenne connue pour son machisme, dans la perpétuation de la domination masculine en sachant que le Code de la Famille [2] est inspiré à 100% de la charia ?

N.Z : Je crois que la monté de l’islamisme dans nos société est un véritable pas en arrière pour les femmes car il ne s’agit pas d’un islam de la foi mais d’un islam politisé qui veut soumettre la femme à l’homme et le plus triste de tout cela c’est que ça marche. Dés qu’on brandit le drapeau de l’islam, les femmes acceptent tout. On y peut rien, c’est notre religion ! Cette nouvelle façon de penser renforce nos traditions patriarcales et maintient les femmes dans un statut de petites filles qui dépendent de l’homme.
Heureusement qu’il y a un mouvement de musulmanes féministes à travers le monde qui font un véritable travail de relecture du Coran et rejettent l’interprétation patriarcale du livre saint. Elles acceptent d’être soumises à Dieu mais pas aux hommes et je crois que c’est un mouvement qui deviendra aussi important que les mouvements féministes d’ici.

M.R : La domination masculine n’est pas éternelle, avez-vous perçu un brin d’espoir chez les jeunes générations pour imposer une égalité de fait et en action ou des tentatives pour se frayer des lignes de fuite par-ci par-la ?

N.Z : J’ai remarqué que la jeune génération de filles ne se laisse pas marcher sur les pieds. Elles réussissent mieux à l’école que les garçons, elles sont de plus en plus nombreuses dans le monde du travail et occupent de plus en plus des postes souvent réservés aux hommes. Ces réussites, elles les payent chères car il y a un mépris ou une frustration des hommes qui ne réussissent pas autant et qui leur mènent la vie dure dans le milieu du travail surtout.
J’ai moins peur pour les générations plus jeunes car avec l’Internet et les moyens de communication, la planète devient de plus en plus petite et donc l’influence des idées de plus en plus facile .

M.R : Pensez-vous qu’il peut y avoir émancipation dans ces sociétés où la paupérisation et la précarité sont galopantes comme le montre implicitement votre documentaire, en un mot sans accès au travail, au logement peut-on s’émanciper même étant scolarisées ?

N.Z : On croit souvent que l’émancipation des femmes est plus facile dans les pays plus riches mais personnellement je crois que la situation économique favorable d’un pays n’est jamais une garantie de l’émancipation, le problème est souvent une question de volonté politique. Prenons l’exemple de l’Arabie Saoudite qui est un pays riche mais ou les femmes ont le moins de droits au monde, elles n’ont même pas le droit de conduire une voiture et il n y’a aucune volonté politique de changer cela. Par contre, Il y’a des pays arabo -musulmans comme la Tunisie, pourtant beaucoup moins riche, ou les femmes ont tout leurs droits.
Je crois qu’au delà de la situation économique, ce qui favorise l’émancipation de la femme c’est plutôt la démocratie. Cette volonté politique de faire participer la moitié de la population (les femmes) comme des citoyennes à part entière.
Ce qui est triste à constater cependant, c’est que de tout les pays arabo musulman, il n y’a aucun pays démocratique. Cela nous laisse imaginer l’énormité du travail qui reste à faire pour les femmes de ces pays !

M.R : Comment a été reçu votre documentaire ici au Québec surtout par la communauté Kabyle ou Algérienne en général ?

N.Z : Le Voyage de Nadia a été très bien reçu ici, il a d’ailleurs gagné le prix Caméra au Poing octroyé par Droit et Démocratie et Courrier International pour les films engagés dans le cadre des Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal. Les gens sont très touché par les témoignages de ces femmes magnifiques, par la beauté de la nature en Kabylie, la belle musique et le coté poétique et profond du documentaire. Cependant, beaucoup de gens de la communauté algérienne, surtout des hommes, ont rejeté ce film, souvent sans l’avoir vu. Ils se sentent directement attaqués par le documentaire. Je comprends tout à fait ce malaise car c’est la première fois qu’on parle de sujets aussi tabous dans un documentaire. Beaucoup de films Kabyle, comme Machahu, La Montagne de Baya ou La Citadelle, ont parlé du « nif », ce code de l’honneur qui rend fou et des traditions violentes, mais c’était des films de fiction joué par des acteurs et actrices donc c’est plus acceptable Le documentaire est réel, les témoignages de femmes qui souffrent encore aujourd’hui en 2006 d’enfermement sont réels et donc il y a une dénonciation qui met beaucoup d’hommes et de femmes mal à l’aise. Des hommes qui ont des choses à se reprocher, le documentaire les met devant une réalité qu’ils n’aiment pas regarder de face ; souvent aussi, une souffrance qu’ils ignoraient car ils ne se sont jamais mis à la place des femmes.

M.R : Qu’est ce qu’on peut faire à partir d’ici pour aider ces femmes en détresse comme Tounsia qui vit juste sous la lumière du jour ! et qui n’a même pas les moyens de soigner une dépression qui ne dit pas son nom ?

N.Z : Malheureusement, pas grand-chose, car on ne peut pas envoyer des ONG pour travailler avec les femmes de ces villages puisqu’elles sont de toute façon enfermées, de plus, comme dans la plus part des pays musulmans, le concept de féminisme à l’occidental est automatiquement diabolisé et perçu comme prélude vers la débauche. Le changement viendra de l’intérieur avec le grand nombre de filles éduquées mais les lois doivent changer le plus tôt possible pour permettre plus d’équilibre dans les relations entre les hommes et les femmes.
Je crois aussi que les pays qui font affaire avec des pays qui donnent très peu de droits aux femmes comme l’Algérie ou l’Arabie Saoudite doivent exiger que les femmes aient plus de droits, comme ils le font avec la Chine pour les Droits humain. Il y’a beaucoup de conditions pour qu’un pays adhère à des organisations onusiennes, je crois que l’ONU devra aussi exiger que les pays qui postulent pour adhérer à de tels organismes prennent leurs responsabilités en ce qui concerne les droits des femmes.

M.R : Quels sont vos futurs projets ?

N.Z : Toutes les injustices du monde me touchent, je suis très sensible à la situation des femmes et des enfants dans le monde mais présentement les problèmes d’intégration des immigrants me touchent beaucoup donc j’ai des projets dans ce sens mais rien de concret pour le moment.

Entretien réalisé par Rabahi Mabrouk

Notes

[1] Pierre Bourdieu, La domination masculine, Paris, Seuil, 1998, coll. Liber.

[2] Le code de la famille est le texte législatif imposé par le pouvoir algérien en 1984 sous la pression de l’islamisme montant, légiférant en matière de mariage, de divorce et d’héritage. Des articles de ce code consacrent explicitement le statut mineure de la femme , la polygamie, le droit restreint pour les femmes au divorce et à l’héritage...etc. Son abrogation constitue la principale revendication des associations de femmes depuis les années 80.En Tunisie la polygamie fut abolie en 1956 avec l’arrivée de Habib Bourguiba au pouvoir.

Source: http://www.kabyle.com/La-domination-masculine,11575.html

Par Karim Kherbouche - Publié dans : Femmes et société
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Mercredi 20 décembre 3 20 /12 /Déc 00:00

 Malika Domrane en compagnie du géant du rock'n'roll kabyle Karim Abranis

En bruit de fonds, les voix se mêlent et les verres s’entrechoquent dans ce café kabyle de Paris. Une télévision braille dans un coin des extraits de matches football et des informations venues d’Algérie. Koceïla, le serveur, s’affaire à porter ses plateaux. Nous prenons place sur deux banquettes presques masquées par des plantes vertes. Devant nous se tient Malika Domrane, chapeau de cow-boy sur sa chevelure blonde. L’entretien commence. Les yeux demi-clos, comme par pudeur, comme pour s’extirper de cet environnement qui rappelle trop son exil, la chanteuse-militante parle. Replongeant dans ses racines, son enfance kabyle. Revivant les heures sombres des années 1970-80, lorsque chanter en kabyle était considéré par l’Etat policier comme un crime. Exprimant son désarroi face aux meurtres de Matoub et des autres, artistes, intellectuels ou jeunes manifestants de 2001. Si, face aux difficultés de la cause et aux petitesses de certains, Malika Domrane semble parfois triste ou abattue, elle n’en reste pas moins foncièrement une combattante. Depuis toujours, kabylité et droits des femmes sont ses moteurs. Portrait d’une femme libre.

Comme Mouloud Feraoun, Malika est née à Tizi Hibel, un village si haut que l’on pourrait presque y toucher les cieux. Adolescente, elle chante en kabyle dans la chorale du lycée « Fatma N’Soumer » : la chorale du « Djurjdura », qui obtiendra de nombreux prix. Plus qu’une simple chanteuse, Malika est déjà l’âme de la chorale. C’est souvent elle qui sélectionne les thèmes et écrit les paroles, parfois durant les cours d’arabe qui ne l’intéresse pas du tout. A ce sujet Malika écrira même un petit poème « Ta ?rabt ur t b ?i ? ara », ce qui signifie littéralement « la [langue] arabe je n’en veux pas ». Elle se distingue au Festival panafricain d’Alger en 1969 et compose, à quinze ans, le premier titre qui va la faire connaître, Tirga Temzi (Rêves d’adolescence). Très tôt sensibilisé au courant culturaliste "berbériste", elle fait la connaissance de la célèbre diva Taos Amrouche de passage pour enterrer sa mère et elle entretient une correspondance assidue avec l’Académie Berbère de Paris et l’écrivain-anthropologue Mouloud Mammeri qui n’hésitera pas à envoyer vers elle les chercheurs français, anglais et japonais enquêtant sur la Kabylie.

Lorsque le colonel-Président Boumediene, l’homme qui a généralisé l’arabisation en Algérie, visite la Kabylie, elle refuse de participer à la mise en scène de sa tournée. Cette visite avait une grande force symbolique. Elle devait montrer un « Raïs » triomphant en plein cœur de l’irréductible Kabylie. Ainsi une mise en scène avait été mise en place pour représenter le dictateur Boumediene comme une sorte de « Père bien-aimé de la nation », adulé par « son » peuple, y compris les Kabyles. Moment-clef de sa visite à Tizi-Ouzou, Malika Domrane, en tant que conductrice de la célèbre chorale locale, devait offrir au Président un burnous blanc, vêtement kabyle typique. Ce geste symbolisait de façon assez évident la soumission et l’allégeance du peuple kabyle au régime d’Alger. Bien que pressée de s’accomplir de la tâche par tous les officiels de la région, Malika refusa catégoriquement de remettre le fameux « burnous blanc » au colonel-Président. A sa place, c’est un ex-moudjahid kabyle qui s’en chargea, troquant ainsi son honneur contre quelques faveurs. Elle ajoute « Même chez nous, nous ne sommes pas chez nous » pour expliquer son refus.

« Tsuha » un texte aux multiples facettes.

Suite à ses premiers succès avec la chorale du Djurjdura, elle est repérée dans les années 1970 par un producteur parisien. L’objectif de ce producteur est assez novateur pour l’époque : cibler les jeunes Kabyles, et créer de toute pièce un duo : Sofiane, "beau garçon" apprécié des adolescentes kabyles et Malika Domrane.

Malika nous indique que « cette période s’est révélée particulièrement novatrice pour la musique kabyle avec l’abandon du ‘quart de temps’ oriental pour l’adoption du rythme ‘4/4’ occidental ». Ce mouvement sera popularisé par des groupes et chanteurs tels que les Syphax, les Abranis, Idir, Djamal Allam...

Le premier album du duo, sorti en 1979, est un succès immédiat, grâce entre autre au tube Tsuha (mugr ? Bubret i bubed taculet) écrit et interprété par Malika Domrane, Sofiane étant relégué au rang de choriste. Pourtant, sur l’album, seul le portait et le nom de Sofiane apparaissent. Les textes de cet album révèlent déjà toute la finesse et la subtilité de Malika. Par exemple Tsuha est une merveille de texte aux multiples sens. Cette chanson peut être comprise comme une simple sauteuse, une comptine pour enfants entraînante et gaie, comme en chantent toutes les mamans à leurs bébés en Kabylie. Mais en réalité elle recèle bien des sens cachés. Ainsi dans la chanson elle cite « Bubret », pronociation kabylisée du colonel Beauprêtre qui a saccagé la Kabylie lors de la colonisation des années 1850-60. Au-delà du personnage historique, Bubret est devenu en Kabylie une sorte d’équivalent du Père Fouettard, utilisé pour faire peur aux enfants qui ne sont pas sages. Cette autre lecture fait donc apparaitre cette chanson comme un hymne à la lutte contre la colonisation. Mais il existe encore un troisième sens caché dans cette chanson. Dans le contexte de l’époque, quand elle chante « Mugragh Bubrit -j’ai croisé Boubrit / anda tudid a Bubret ? - » c’est évidemment du Colonel Boumediène qu’elle parle. Et elle ajoute « Hader atu Tirrugza ». « Tirrugza » c’est la valeur masculine par excellence, une sorte de courage viril. Avec cette troisième lecture, ce que l’on découvre c’est une critique de l’accueil qui a été fait à Boumediene par certains Kabyles, sans Nif (dignité) et sans Tirrugza (virilité).

Ce duo restera cependant sans lendemain, car les personnalités de Sofiane, jeune « beur » adepte des boîtes de nuit et Malika, militante engagée, sont trop éloignées.

L’hôpital psychiatrique de Tizi-ouzou.

C’est durant les 8 années qu’elle a passées à l’hôpital psychiatrique de Tizi-Ouzou en tant qu’infirmière, auprès des femmes internées, que Malika Domrane a vraiment saisi l’âme Kabyle. Elle a été directement confrontée aux non-dits et à la souffrance des femmes : comme l’inceste, l’adultère (évoqués dans la chanson « Ajedjig »), la stérilité, le manque de tendresse, le machisme de la société Kabyle. « Elles m’ont donné énormément. Elles me racontaient tout. Tout ce qu’on cache, elles, elles me le livraient, sans gêne. Elles m’ont beaucoup inspirée dans le choix des thèmes de mes chansons, m’ont appris des poèmes avec lesquels j’ai fait un recueil que j’espère faire publier un jour. Grâce à elles, je me suis imprégnée de culture berbère. Pour les faire dormir, je n’avais besoin d’aucun somnifère. Je chantais et elles, elles dansaient, entraient en transe, puis sombraient dans un sommeil de plomb. »

Elle a activement participé aux émeutes de Tafsut Imazighen, le "printemps berbère" de 1980. Elle fut une des rares artistes à s’engager sur le terrain, auprès des étudiants révoltés, sur le campus de Oued Aïssi, encerclé par les forces de l’ordre : "Nous les filles, nous fabriquions les cocktails Molotov que les garçons balançaient sur les CNS" se rapelle-t-elle en riant. Mais elle a aussi été témoin de la sauvagerie de la répréssion : "A l’hôpital psychiatrique nous avons accueilli un homme qui avait été torturé par les gendarmes. Ils l’avaient littéralement castré à coups de rangers. Que dire, sinon qu’il n’avait plus rien d’un homme ?" dira-elle avant d’ajouter « même chez nous nous ne sommes plus chez nous ». Evidement cette image révoltante renvoie à la société kabyle totalement émasculée, où des militants ont préférer taire sans broncher les viols de jeunes filles par les forces de l’ordre à la cité universitaire de Tizi-Ouzou durant ce même printemps 1980. Si les hommes Kabyles sont « impuissants » à protéger leurs femmes, pourquoi cet excès de machisme ? D’ailleurs Malika ne s’en laisse pas compter et brave les interdits de la société patriarcale kabyle : "Je n’en ai toujours fait qu’à ma tête, à Tizi-Ouzou je ne me gênais pas pour m’attabler au café avec des amis, même si ça choquait beaucoup de gens".

L’exil

Les années 1980 passent, avec leurs lots de harcèlements policiers, de gardes à vue arbitraires, et de lettres anonymes. Elle se lie d‘amitié avec le légendaire Matoub Lounes. Elle interprètera même Azru Laghriv (le rocher de l’absent) avec lui. En 86, elle enregistre avec Takfarinas la femme du Moudjahid. Elle devient une méga-star de la chanson kabyle, remplissant les stades non seulement à Tizi-Ouzou ou Bgayet (Béjaia) mais aussi à Alger ou Oran, ville dont elle garde un excellent souvenir : "Des chanteurs de raï comme Cheb Hasni sont venus à mon concert. Même si ils ne comprennent pas les paroles en kabyle, ils savent apprécier la musique."

En pleine explosion de l’islamisme en Algérie, elle se rend dans les Aurès avec d’autres militants berbéristes de Kabylie. Elle découvre un public totalement acquis à l’arabo-islamisme : "Les gens nous jettaient des noyaux de dattes sur scène, il a fallu longuement leur expliquer que nous nous battions aussi pour eux."

En 1994, quelques jours avant l’enlèvement de Lounès Matoub, par un supposé groupe islamique armé, elle a dû fuir la Kabylie, terrorisée par une série de menaces. Il est même arrivé que de mystérieux individus cherchent à s’introduire chez elle.

Ces 12 années d’exil en France, loin de sa terre natale, sont un vrai calvaire pour elle : 12 années de souffrances. "Je suis comme une plante, explque-t-elle lorsqu’on m’arrache à ma terre, je dépéris. Moi, sans ma Kabylie, je me sens mal." Lors d’un gala à Rome elle est même victime d’une inexplicable détresse et ce à quelques pas de la prison dans laquelle, bien des siècles plus tôt, Jugurtha, l’Agellid symbole de l’éternelle résistance amazighe, est mort de faim. En 2001, Malika s’occupe des centaines de blessés de la terrible répression du « Printemps Noir », le dernier crime du régime arabo-islamiste d’Alger, arrivés en France pour se faire soigner. Ces images de chairs lacérées, d’os brisés et d’esprits saccagés la bouleversent à nouveau ! Là encore elle dit « même chez nous, on n’est pas chez nous ».

Mais la où d’autres auraient sombré, elle trouve le courage de continuer à avancer. Cette force, c’est la même que celle de la petite écolière qui séchait les cours d’arabe donnés par des coopérants moyen-orientaux incompétents et surpayés. C’est la même force que celle de la lycéenne qui disait « non » à Boumediene là où des vétérans de la guerre d‘indépendance, toute honte bue, lui remettaient le « Burnous Blanc » devant les caméras de l’unique télévision d’Etat. C’est aussi la force qu’elle a puisée auprès des nombreuses femmes de l’hôpital psychiatrique de Tizi-Ouzou.

En 2003, alors que les heurts entre jeunes et forces de l’ordre se sont à peine tus en Kabylie, elle est en pointe , avec le chanteur Takfarinas, de la contestation contre l’année de l’Algérie en France (financée par le contribuable français, d’origine kabyle y compris), à laquelle participe sans vergogne d’autres artistes soi-disant kabyles comme Aït Menguelet.

Malika décide de redescendre dans l’arène, et après une tournée triomphale en 2004 à Montréal, puis à Rome, elle assure un retour fracassant sur la rive sur de la Méditerranée dans la salle Ibn Khaldoun d’Alger pour défier les « journalistes enfoulardées » en tenant une conférence de presse en tenue de cow-boy et ridiculiser les chanteuses libanaises régulièrement invitée à Ibn Khaldoun aux frais du contribuable algérien et « incapables de remplir une salle ». Depuis, elle est retournée chanter plusieurs fois en Kabylie, sur sa terre natale, à Tizi-Ouzou et Bgayet : "Parmi les miens, c’est là que je me sens bien". Un hommage spécial lui à même été rendu cette année par les habitants d’Azazga.

Finalement la Malika Domrane qu’on aime est toujours intacte, cette femme forte et entière à la voix de velours, qui n’a pas sa langue dans sa poche et ne cherche même pas à dissimuler son mépris pour le machisme et pour cette sous-culture « arabo-islamiste » qu’on tente d’imposer de gré ou de force aux Kabyles.

Azzedine Ait Khelifa

Par Karim Kherbouche - Publié dans : Chanteuses kabyles
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Mercredi 6 décembre 3 06 /12 /Déc 00:00

Lala Fatma N’Soumeur vint au monde aux environs de 1830, au moment où l’envahisseur français débarquait en Algérie pour signer l’une des pages les plus sombres et les plus sanglantes de son Histoire. Les autorités turques du Dey Hussein courbèrent l’échine et livrèrent le pays qu’ils administraient aux colonisateurs presque sur un plateau. A sa jeunesse, la fille de Ouerja, village situé à quelque cinq kilomètres de Ain El Hammam, dut se battre d’abord pour s’imposer parmi les siens avant de devenir une grande guerrière et une révolutionnaire hors pair qui marqua de son empreinte l’Histoire de l’Algérie. Elle résista héroïquement à une armée colonisatrice très sophistiquée dirigée par les plus aguerris des maréchals français qui la surnommèrent : La Jeanne d’Arc du Djurdjura.

La femme qui ne veut pas de maître

Lala Fatma N’Soumeur, de son vrai nom Sid Ahmed Fatma, est issue d’une famille maraboutique, très célèbre en Haute Kabylie. En dépit de la rigueur de leur religiosité, souvent apparentée à un conservatisme drastique privant les femmes de leur droits les plus élémentaires, ses parents étaient tendres et bienveillants à l’égard de leurs enfants et ce, sans ségrégation aucune entre garçons et filles. Fatma était particulièrement chouchoutée par son père, Si Mohammed qui était pieux et occupait la fonction d’Oukil de la zaouia de Sidi Abderrahmane Boukobrine. Sa maman dont elle hérita, dit-on, d’une beauté gracieuse, s’appelait Lala Terkia N’Ath Ikhoulaf et était issue du village Askeur.

A l’adolescence, des signes de révolte commencèrent à apparaître chez Fatma qui clamait haut et fort son refus de l’idée du mariage qui était considéré comme synonyme de soumission de la femme au mari. Notre héroïne refusa énergiquement d’avoir un maître, quel qu’il soit, et c’est la raison pour laquelle elle demeura célibataire jusqu’à sa morte à l’âge de 33 ans.

La jeune fille au teint blond se comportait avec une politesse aimable, elle était élégante et très raffinée. Elle adorait se parer de beaux bijoux et d’habits traditionnels de couleur rouge qui dénotait son sens de sacrifice que peut symboliser la couleur du sang. Elle était d’une beauté telle qu’elle fascina énormément de jeunes gens qui furent nombreux à se présenter à sa demeure parentale pour demander sa main. Mais Fatma campa sur sa position de refus de se marier de crainte de perdre ce qu’elle avait de plus précieux : sa liberté et sa dignité.

Néanmoins, cette attitude n’eut pas l’aval de tous les membres de sa famille, notamment de son frère aîné Si Mohand Tayeb qui alla jusqu'à accuser son propre père de faire preuve de trop de clémence à l’égard de sa fille. Il jura alors par tous les Saints que sitôt que leur père mourra, il accorderait sa main au premier homme qui viendrait la demander en mariage. A ses yeux, une jeune femme célibataire représentait la honte et la hantise de la famille. Pour la petite histoire, le temps fera et c’est ce que nous verrons plus loin, que ce même frère aîné irréductible deviendra le subalterne de Lala Fatma lors de la résistance qu’elle organisa contre l’armée française !

Soulignons que Lala Fatma avait cinq frères et deux sœurs : Si Mohand Tayeb, Si L’Hadi, Si Tahar, Si Ahmed, Si Chérif, Yamina et Tassaadit. En Kabylie, les noms des marabouts furent toujours précédés de "Si" comme marque de respect et de reconnaissance pour leur rôle de propagateurs de la parole de Dieu. De nos jours, cette appellation est en voix d’extinction et on ne distingue pratiquement plus les familles dites maraboutiques des autres familles.

Dès son jeune âge, son tempérament rebelle, son attachement à la liberté et son opposition à la conception du mariage de son époque firent d’elle une insurgée, une révoltée, une sorte de hors-la-loi qu’on désigne en Kabyle par le terme grave de "Tamnafeqt".

Le mariage forcé de l’héroïne

A la mort du père de Lala Fatma, son frère aîné, Si Mohand Tayeb, décida d’accomplir le serment qu’il avait fait : il accorda la main de la jeune fille à son cousin Si Yahia N’Ath Ikhoulaf du village d’Askeur. Si Mohand Tayeb ne jugea pas utile de consulter sa sœur, il se croyait maître à bord. Sans le savoir, il se mit le doigt dans l’œil car sa sœur n’était pas une femme comme les autres.

Les deux familles N’Ath Ikhoulaf et Sid Ahmed s’empressèrent de célébrer le mariage de Si Yahia avec Lala Fatma pour vraisemblablement prendre au dépourvu la révoltée et ne plus lui donner le temps de prévoir une riposte susceptible de leur porter préjudice et d’entamer leur réputation.

La jeune héroïne devint subitement taciturne et adopta une attitude qui surprit plus d’un. On se demandait ce qu’elle mijotait dans sa tête. Le jour de la cérémonie de son mariage, la famille du mari se déplaça à Ouerja pour ramener la mariée. Lala Fatma dans un silence légendaire s’exécuta et monta sur un mulet comme se fut la tradition du mariage. Le cortège avançait dans une ambiance festive et la jeune héroïne fixait le ciel de regard et avait l’air mélancolique et triste. Arrivée à la demeure du mari, sous fond de you-yous stridents, de chants de tambourins et de cris de joie, la mariée, accompagnée d’autres femmes s’apprêta à franchir le seuil de sa nouvelle maison quand, tout à coup, le silence s’empara de l’assistance et l’on entendit Si Mohand Tayeb gémir de douleur au point d’ameuter les présents. Voulant tirer un coup de feu à l’aide de son fusil de chasse, par mégarde peut-être, il se blessa la main: il perdit trois doigts.

Lala Fatma, dans sa robe de mariée, se précipita et fit apporter des plantes médicinales qu’elle pila à l’aide d’un pilon jusqu’à obtenir un mélange qu’elle appliqua sur la blessure de son frère et le sang s’arrêta de couler. Cet événement alimenta la chronique locale et mit Lala Fatma au-devant de la scène public. Chacun y allait de sa version. Nombreux furent ceux qui pensaient qui ce fut une intervention divine : le mariage forcé de la jeune fille était à l’origine de l’accident car Si Mohand Tayeb n’eut pas respecté le serment prêté par son défunt père de ne pas marier sa fille sans son accord.

Cet incident gâcha l’ambiance de la fête et la mariée en colère entra directement dans sa nouvelle chambre et barricada la porte. Les membres de sa belle-famille eut beau lui demander de l’ouvrir en vain. La jeune mariée faisait la démente qui soliloquait. Vraisemblablement, il fallait pour elle se faire passer pour une aliénée pour qu’on lui foute la paix. Et à ce jeux, elle excella fort bien.

Les jours qui suivirent cet événement, Lala Fatma se consumait dans la tristesse en silence; le chagrin corrodait sa sublime beauté de jour en jour. Au bout de trente jours, comme le stipulait alors la loi, elle retourna à Ouerja chez ses parents mais sans pour autant être "légalement" divorcée. Aussi, la jeune femme est condamnée au célibat pour tout le restant de sa vie à cause du refus de "son mari" Si Yahia N’Ath Ikhoulaf de consentir au divorce. Son frère aîné qui trouva son attitude trop rebelle décida de l’enferma dans une pièce exiguë pendant plusieurs jours. Il aura fallu l’intervention des anciens du village qui s’entremirent dans ce conflit pour permettre à la jeune révoltée de retrouver sa liberté. De temps à autre, la mère de Lala Fatma tentait de prendre langue avec sa fille pour lui prodiguer des conseils afin qu’elle accepte enfin de mettre un terme à son célibat, la jeune héroïne rétorquait : «Mère, je suis née libre ; je ne veux pas d’un maître ».

Quelques temps plus tard, Lala Fatma rejoignit son frère Si Tahar à Soumeur où il était imam du village après avoir appris les soixante Hizbs du Coran. Parmi ses frères, Lala Fatma avait une prédilection toute particulière pour Si Tahar qu’elle trouvait à l’image de son défunt père : doux, attentif et respectueux à l’égard de ses sœurs.

A suivre…

Karim KHERBOUCHE

Par Karim Kherbouche - Publié dans : A vos plumes !
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Mercredi 6 décembre 3 06 /12 /Déc 00:00

Soumeur, le havre de paix

Faire la démente, être considérée comme une contestataire infréquentable, c’était le prix de la liberté à payer et Lala Fatma assuma pleinement son choix parce qu’armée d’une inébranlable conviction. Désormais, elle pouvait sortir où elle voulait à partir du moment où « elle n’est pas normale » et donc pas blâmable aux yeux des autres. Profondément blessée mais jamais déçue par les siens ; elle les comprenait et elle croyait dur comme fer qu’elle pouvait les changer. Et elle finira bien par les changer et leur inculquer tout une autre image de la femme. Pendant un certain moment, la resplendissante et courageuse jeune femme devint solitaire et elle soliloquait à tout bout de champs. Lorsqu’on la croisait sur son chemin, on s’écartait pour la laisser passer. En dépit de cette « mise quarantaine » qui ne dit pas son nom, elle demeura forte et ne se laissa pas gagner par la lassitude. Elle se savait différente et aussi courageuse. En fait, n’était-elle pas à l’image de l’une de ses aïeules, en l’occurrence Dihia, communément appelée Kahina, la reine berbère qui se battit bec et ongle pour la liberté de son peuple ? C’est le cas de le dire, car, comme disait le chanteur Matoub, même lorsque l’on perd son sang, l’atavisme se régénère !

Contre toute attente, les villageois remarquèrent la jeune femme faire la prière et réciter des versets coraniques. C’était la surprise générale. «Comment une personne qui a perdu la raison peut-elle savoir lire ? », s’étonnait-on. On pensait alors que vraisemblablement la foi lui avait été communiquée par des forces occultes. En fait, Lala Fatma qui avait une capacité de mémorisation exceptionnelle, avait appris la pratique religieuse grâce, entre autres, à son père qui enseignait la religion.

Depuis, on voua à Lala Fatma un respect et une admiration sans limites. Les jeunes femmes se ruaient dans sa maison pour l’écouter parler. Elle était d’une éloquence telle qu’on écoutait religieusement chaque bribe de ses paroles. Lala Fatma devint vite une véritable école pour les jeunes villageoises qui n’avaient pas la chance d’aller à l’école. Elle fut aussi le sujet favori des villageois.

A Soumeur, loin de la tyrannie de son frère aîné, Lala Fatma retrouva la quiétude et la sérénité qu’elle recherchait tant. L’affection qu’éprouvait son frère Si Tahar pour elle la rassura et lui redonna confiance. Elle s’absorba dans une profonde réflexion. A Ouerja et dans toute les tribus Zouaoua, le nom de la jeune héroïne fut déjà connu de tous. A Soumeur, on lui réserva un accueil princier. Elle fut presque considérée comme une sainte et grâce à elle, Soumeur devint le lieu de pèlerinage des habitants des villages avoisinants qui venaient la voir, l’écouter et quémander de l’aide pour surmonter leur difficultés quotidiennes. Elle était une espèce de baume aux cœurs des pauvres paysans.

Lala Fatma retrouva ainsi sa bonne humeur en se sentant admirée de tous. Sa popularité ne cessa d’aller crescendo et ses paroles furent prises pour des recommandations. Ses adeptes se comptaient parmi les femmes et les hommes.

Un cauchemar qui devient réalité

Nous sommes aux environs de 1850. Les militaires français avaient déjà pacifié une bonne partie du territoire algérien. Dans leur progression, un plan luciférien pour venir à bout de la Kabylie fut concocté par l’état major et les plus redoutables des chefs militaires français de l’époque. Pour les habitants de cette région au relief montagneux, la menace colonialiste était conçue comme l’épée de Damoclès.

Un matin, Lala Fatma appela en urgence au rassemblement de tous les villageois. Elle leur annonça une nouvelle grave. Elle leur déclara : «Mes frères, l’heure est grave et le danger que nous craignons tant est sans doute imminent. Hier soir, en dormant, j’ai fait un cauchemar. J’ai vu des troupes de soldats envahir nos montagnes, brûler tout sur leur passage, tuer impitoyablement hommes, femmes et enfants. Ils étaient armés jusqu’aux dents et cherchaient à nous réduire à néant. Nous devons nous mettre main dans la main et nous préparer à organiser la résistance ».

L’appel lancé par Lala Fatma N’Soumeur se répandit telle une traînée de poudre dans toute la région et des hommes furent chargés d’organiser les villages et de fabriquer des armes. C’était une véritable armée qui se constitua vite. Lala Fatma fut de fait le chef de file de ce mouvement et ses discours galvanisèrent les moudjahidine qui juraient par tous les Saints de faire de la Kabylie le tombeau du colonialisme français.

Le rouleau compresseur

Depuis son débarquement à Sidi Fredj le 05 juillet 1830 et après s’être débarrassée du Dey Hussein et de ses autorités qui retournèrent en Turquie, leur pays d’origine, l’armée française avança peu à peu dans sa stratégie de colonisation. Les autochtones firent malgré tout face à des militaires super bien organisés en n’étant armés que de l’amour de la patrie. Les algériens se battaient partout et avec les moyens du bord pour repousser l’envahisseur. A l’ouest du pays, les troupes du vaillant Emir Abdelkader livraient bataille sur bataille aux militaires français. Mais devant l’irréductibilité de l’armée du conquérant, toutes les résistances furent vouer à l’échec et leur meneurs sont soit exécutés, soit emprisonnés dans des conditions effroyables. Beaucoup furent expatriés et d’autres portés disparus et on ne retrouve plus de traces d’eux à ce jour.

Les autorités françaises tenaient à mobiliser les gros moyens car l’Algérie représentait beaucoup à leurs yeux, notamment sur le plan économique et géostratégique. Elles mirent en branle toute la machine de guerre avec son infanterie, sa cavalerie et son artillerie, pour la conquête de l’Algérie. Une guerre terrible fut livrée aux autochtones par les militaires français dirigés, entre autres, par les sanguinaires Maréchaux Randon, Bugeaud, le général Patrice de Mac Mahon, le capitaine Beauprêtre que les autochtones appelaient Boubrit… Villes et villages furent livrés au pillage et à la destruction, des milliers de morts, de blessés furent enregistrés dans les deux camps.

Les troupes conquérantes avancèrent et toute localité « francisée » fut désormais rebaptisée au noms français. Ainsi, par exemple Tidjelabine porta le nom de Belle-Fontaine, Nacéria devint Haussonvilliers, Tadmaït Camp Maréchal, Tizi N’Ath Aicha (Thénia) Minerville, Ain El Hammam Michelet, Larbâa Nath Irathen Fort-Napoléon puis Fort-National (Après la chute de l’empire de Napoléon III), etc.

En route en direction de la Kabylie , les militaires français s’attendaient à faire face à une riposte des plus féroces des habitants de la région. Néanmoins, ils seront frappés de stupéfaction en découvrant la capacité d’organisation et le courage de la population autochtone. De nombreuses études de spécialistes (d’officiers de l’armée, de sociologues, d’écrivains…) avait été menées sur la région pendant des années avant de passer à l’action militaire. Avant de découvrir, à leur grande surprise, la grande héroïne Lala Fatma N’Soumeur, les troupes armées étrangères rencontrèrent là où ils passèrent une résistance intraitable des moudjahidine qui leur infligèrent des défaites auxquelles elles ne s’attendaient nullement. Le relief accidenté et les massifs forestiers de la région compliquèrent davantage la tâche aux soldats français.

Des affrontements meurtriers où l’armée française perdit un grand nombre d’hommes eurent lieu à Thénia, Bordj-Ménaïel, Nacéria, Tadmaït, Azazga, Oued Aissi, … Mais, jusque-là, Lala Fatma était encore la grande inconnue des militaires et des autorités françaises.

Pour anecdote, Azazga ou Iaazouguène qui veut dire les sourds en Kabyle doit son nom, dit-on, au Maréchal Randon qui envoya une délégation pour négocier un libre passage à Azazga avec le président de la Confédération locale. La réponse des autorités autochtones fut catégorique et sans équivoque: « Dites à votre Maréchal que vous n’avez pas d’ordre à nous intimer et que nous refusons d’écouter ses paroles car nous ne sommes pas des traîtres ! ». Randon rétorqua : « Puisqu’ils demeurent sourds à la voix de la raison, je leur ferai entendre celle du canon ! ».

A suivre…

Karim KHERBOUCHE

Par Karim Kherbouche - Publié dans : Chanteuses kabyles
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